17/01/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 7

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Le tiroir à couteaux
    La consommation mondiale de viande est appelée à doubler d'ici 2050.

Le vieux : Il est où le petit ? Jamais là quand je veux le punir… Qu’est-ce qu’il pourrait avoir fait de mal ? Peu importe, il ne se plaindra pas, il ne parle pas. C’est bien qu’il ne parle pas, je n’aurais pas supporté un gamin qui pose des questions, qui pleure… Il est où ? Pas dans le restaurant... Dans la cuisine ? Non. Je ne fais pas ça parce qu’elle me le demande. Non. Elle, je m’en fous. Mais c’est vrai que c’est bon de s’occuper du petit. Lui, il a la vie devant lui pour bander et manger et regarder les femmes, alors, qu’il paye un peu. Il est trop jeune, c’est insultant pour moi qui ne meurs jamais. Je devrais lui greffer mon odeur, plus personne ne le trouverait mignon.

Quelqu’un devrait me tuer, débarrasser le continent de mon odeur et de mon aigreur, mais bon. Les tueurs en série ne sont que dans les séries télévisées et de toute façon, je ne suis pas sexy et si on m’attache à un poteaux, personne ne me prendra en pitié, ça fera de la mauvaise télé réalité. Personne ne prend les vieux en pitié ici. On les laisse dans des salles grandes comme des arénas, et ils pourrissent ensemble, ignoré des autres, oubliés. C’est dommage que je n’aie pas pu voir la décadence de ma mère. J’aurais bien aimé l’entendre gémir, la voir en pleine paranoïa croire qu’on la vole, la voir accumuler des sucres en sachets dans son tiroir de peur d’en manquer, de peur d’être volé. Barrer son tiroir pour être sûr que personne ne vole ses sucres. Refuser de sortir dans le corridor parce qu’elle sait qu’on pue. Moi, je sais que je pue et je vais répandre mon odeur au travers des générations. Je sais que ma mère avait les mains et les coudes capitonnés par l’équipe médicale de l’asile pour vieux où ma sœur l’a stationné. Je le sais, ma sœur me l’a dit. C’est elle qui a profité de la déchéance de maman. Elle, toujours elle. Moi, j’étais trop important, j’étais occupé. J'étais pompiste dans une station-service sur la côte Est à l’autre bout du continent. Et jamais je n’ai visité maman. J’aurais dû, j’aurais aimé voir, et sentir l’odeur. Je la haïssais trop. Et c’est encore ma sœur qui a tout eu.

C’est maman qui nous a donné le motel. C’est la seule chose qu’il y avait dans son testament. On travaille toute une vie comme des chiens, on sue, on se brise le dos, on se gonfle les jambes, les vergetures les varices, l’arthrite, la cellulite… Et au bout de la vie, rien. Un motel décrépi avec des cinglés comme client. Et juste un groom lâche pour déverser son fiel...

Il n’est pas dans la cuisine... J’ai besoin de donner un bon coup derrière sa tête d’oiseau. Elle avait raison, l’autre soir, il se passe de drôles de choses au motel. Et c’est aussi vrai que je n’ai jamais aimé les gens heureux. C’est vrai que je suis trop vieux pour ça. Et que je m’ennuie.

La porte de la remise est ouverte... Tiens. Et il y a du bruit du côté des armoires... Tiens. C’est bien. Le poisson approche, la pêche sera bonne.

J’ouvre le tiroir à couteaux.

 


motelmurders

 


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