24/01/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 8

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

La rosée
    Médecins sans frontières : 1 800 675 8778

Kaïn : La rosée du matin m’a réveillé. Je suis trempé, le cul dans l’herbe et les pétales de fleurs de pommiers. Je suis trempé de sueur plus que de rosée. De sueur glacé. Ça pue. J’ai chié dans mes culottes, merde. Et je baigne dans mon jus depuis un moment, la rosée a eu le temps de sécher. Mais la puanteur recouvre les fleurs qui se sentent complètement inutiles. Je ne suis plus un homme, je suis un ver et j’ai honte. On est beaucoup à ne plus s’aimer. Moi, je suis un épouvantail qui n’épouvante personne, un crucifié de supermarché, un mensonge. L’odeur s’amplifie. J’ai pas été capable de l’aimer et maintenant, je ne suis même pas capable d’aller la rejoindre.

Ma tête tourne, mon moteur crache au neutre, le radiateur est fendu, je chauffe de partout, je fends de partout. J’étais un gars immense, avant. Une montagne avec des filons d’or aux doigts. Maintenant, même mes bagues me paraissent lourdes. Le soleil monte, me brûle les yeux et la peau.

Ça bouge devant. C’est Paloma. Elle oscille. Ou c’est moi. Je suis en train de pleurer, je réalise. Je ne peux pas pleurer devant une femme. J’ai jamais pu. Mais là, j’ai honte. Je pleure, je chiale même, je me vide des yeux, je gémis, je crie, la douleur est trop lourde, je hurle vers les nuages vides, je pleure comme un cochon… Et je ne suis pas capable d’arrêter. Alors à toutes mes hontes, à tous mes remords, j’ajoute celui-ci, je pleure comme une vache pisse le lait, je me vomis des yeux.

Paloma ne s’en formalise pas. Elle attend. Elle n’est pas seule. Alors je pleure un orage, je hurle le tonnerre, même s’il fait beau à en crever aujourd’hui et que le soleil commence à calciner ma peau. Wendy transporte un seau et des produits.

  - Ça va aller Kaïn. C’est les premiers jours qui sont pénibles. Tu verras …

Elles me déshabillent. Me torche comme le nourrisson que je suis, me lave et m’enfile des vêtements propres. Et j’arrête de pleurer. Je deviens rouge. De rage. M’attacher à un arbre comme un vulgaire plan de tomate à un tuteur, ça passe. Me surprendre en plein raz-de-marée de larmes, ok. Mais me torcher la merde du cul, non.

  - Tu aurais pas dû me torcher, Paloma. Je te déteste pour ça.
  - Je comprends. Je suis désolée. J’ai torché un amant sidéen longtemps, mais je présume que ce n’est pas pareil.

Et c’est là que je me choque. Je la mords, je secoue l’arbre, je donne des coups de tête, de pieds, il pleut des pommes, je hurle, je vois rouge, infrarouge, les mouettes du motel s’envolent sous mon hurlement, les deux femmes qui jouent au docteur avec le débile léger que je suis devenu reculent, j’essaye d’arracher le pommier, je retombe épuisé, je hurle, JE HURLE.

Et les pétales tombent indifférentes.

  - Je viendrai tous les jours, me dis calmement Paloma. Et si tu veux, je te laisse Souvlaki, le joli perroquet pour compagnie…
  - Pitié, Paloma, pas ça…
  - Je suis désolé, rajoute Wendy.

Le sang me sort des yeux. J’hallucine. J’hallucine de haine.

 


motelmurders

 


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