31/01/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 9

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

L’écoutille
    Amnistie international : ?

Saül : J’ai trouvé une tasse à mesurer. Je reviens vers la remise, mais j’ose pas entrer. Ça pue… Puis je pense à Maria Magdalena et je me dis que je peux pas avoir peur, je dois la protéger parce qu’elle sent bon. Alors, j’entre rapidement dans le troisième sous-marin et je vais vite vers la chaudière de savon, je remplis la tasse et l’odeur se fait forte. J’aurais dû écouter mon nez … Mon cœur bat fort. J’ai beau regarder vers la porte, il n’y a que l’odeur. J’ouvre un sac de pain blanc en tranches, je prends quelques tranches, je me retourne pour sortir, il est là. Le vieux. Pendouillant, odorant. Il me regarde. Dans sa main qui tremble, un couteau.

J’ai toujours eu peur. Toute ma vie, j’ai eu peur, c’est un sentiment que je connais par cœur. Si je n’entends plus les vagues, c’est que je me suis habitué. Si je n’entends plus les mouettes, c’est quand elles arrêtent de crier que j’ai l’impression que le bruit commence. Pareil pour la peur.

Il me regarde mais je sais qu’il ne me voit pas bien. Il va me tuer. C’est pour ça qu’il tient un couteau. Et moi, je ne veux pas mourir. Il y a une semaine peut-être, ça n’aurait pas été grave mais là, il y a une demoiselle qui dort dans mon lit, c’est une raison pour rester en vie. À vrai dire, c’est la meilleure raison que j’ai trouvée de toute ma vie pour rester en vie…

  - Voleur. Tu aimes ça, la remise ? Tu aimes sa lumière ? Tu la vois ? Elle est presque trop forte, tu ne trouves pas ? L’ampoule blanche sans abat-jour, les tuiles partout qui reflètent la lumière et tout… Moi, vois-tu cervelle d’oiseau, la lumière, j’aime ça parce que je te vois et tu es blanc comme une chiure de mouette, et tu as peur de moi…Appelle-les, tes nouveaux amis, morveux… Oh, tu es sans voix ? Maintenant, tu vas regarder l’ampoule. Je veux que tu regardes l’ampoule de tes yeux rouges d’infirme. Allez ! Obéis !

Alors, j’obéis. Un couteau, ça fait mal quand ça entre dans le corps, j’en suis sûr. L’ampoule me brûle les yeux, mais je les garde ouverts.

  - C’est ça. Jusqu’à ce que les larmes coulent… C’est ça.

Et les larmes ne tardent pas. J’essaie de les retenir, je serre les poings pour qu’elles ne coulent pas entre mes doigts mais rien n’y fait. Je suis encore un enfant. L’ampoule brûle et dès que j’essaie de cligner des paupières, je reçois un coup derrière la tête avec le plat du manche à couteau.

  - Vas-y pleure, mon bébé… Pleure déchet.

Et je pleure. Les larmes coulent de mes yeux en feu. Je ne vois que du blanc… Puis plus rien. La lumière est éteinte. Et j’entends contre le métal de la porte, le couteau se glisser à l’extérieur du sous-marin et bloquer le mécanisme de l’écoutille.

Il fait noir. Je suis encore debout, au milieu du sous-marin le moins froid et j’entends les murs vibrer. Le sous-marin descend dans les profondeurs. Je ferme les yeux mais l’ampoule est encore là. Un halo blanc illumine l’intérieur de ma tête. Je suis là, dans un sous-marin noir qui descend dans les entrailles de la peur, debout, avec une tasse à mesurer pleine de savon dans une main, une moitié de pain tranché dans l’autre et le noir qui entre en moi comme l’eau entre dans un sous-marin qui fuit. Il fait noir. Noir. Noir.

 


motelmurders

 


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