07/02/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 10

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

La chaise du barbier
    Ragged tooth shark

Moi : Une femme nue. Sur une chaise de barbier. Une chinoise… C’est miss Chen, la clandestine. Elle est maigre, on voit les os, les côtes, les hanches… Ses seins sont petits, mais fermes. Ses jambes sont croisées. Elle ouvre les yeux. Dans ses pupilles, il y a l’Océan et les vagues. Du rouge déborde de ses lèvres, il est difficile de voir si c’est du sang ou du rouge à lèvre… La chaise de barbier est dans une chaloupe. La même chaloupe où je me suis vidé quand j’ai écouté le ressac et que Kaïn m’a sauvé. La chaise ondule au rythme nonchalant des vagues. Dans la main osseuse de la jolie chinoise, un rasoir. Pas comme ceux du cargo, ni comme le mien Mac 3, mais une lame qu’on ouvre et qu’on affile sur une ceinture. Elle ouvre la lame… Et l’aiguise sur sa langue.

Elle me fait signe d’approcher. Tout ça est malsain, mais j’avance. Elle écarte les jambes… Et me présente son sexe. Les poils sont longs, mais lisse. La peau est blanche. Je me penche, elle me passe la lame, et je l’appuie sur son ventre.

Le poil se détache de sa peau. Une goutte de sang perle. Elle l’attrape du bout du doigt. Son sang goûte le sel et la rouille… Et je continue.

Des requins tournent autour de la barque. Sans bruit. Il n’y a pas un son. Sa peau est douce, elle me joue dans les cheveux au fur et à mesure que sa toison prend l’allure de celle des demoiselles de magasines. Ses seins aussi commencent à grossir… Rond comme des bouées. Et quand je lève la tête, ses cheveux sont devenus blonds. Son regard est paniqué.

Ses yeux bridés sont rouges de larmes. Elle essaye de se cacher la poitrine, mais ses seins sont tellement gros, j’ai peur de les crever, qu’ils éclatent… Je la prends dans mes bras. Même ses lèvres sont pleines de collagène. Elle est devenue monstrueuse.

  - Jette-moi à la mer… Je t’en supplie, jette-moi, me murmure-t-elle dans le creux de mon oreille.
  - Ça ne vaut pas le coup.
  - Je m’ennuie de ma famille. Des odeurs du village… Ici, je ne connais personne, personne ne me regarde… Alors j’ai essayé d’être comme eux…
  - Tu es très belle, dis-je, rouge de mensonge.
  - Tu trouves ? Sa voix commence à changer….
  - Écoute, j’aimais bien avant, c’était simple… Humain. Mais tu vas faire fureur ici, tu vas voir…
  - Tu trouves ? Définitivement sa voix n’est plus la même…

Ses seins commencent à me pousser hors de la chaloupe. Les requins sortent leurs bouches, leurs multiples rangés de dents, leurs gencives, la mâchoire qui claque, le sang déjà qui rougit l’Océan…

  - Tu trouves vraiment ?
  - Non. Je suis désolé, tes seins sont durs comme du métal…

Et là, elle essaie de me mordre et ses dents sont aussi croches que celles des requins, ses lèvres sont retroussées, ses gencives, enflées. Les requins cognent leurs têtes sur les parois, basculant dangereusement la chaloupe.

  - Welcome to America!
  - Attends, c’est moi, Madame Chen, c’est moi qui vous a fait entrer !
  - Welcome to Amnesia!

Et elle s’élance de toutes ses forces, mais je réussis à la détourner en prenant appui sur la chaise de barbier. J’aperçois le rasoir, je le prends, mais je le prends du côté de la lame et je m’ouvre la main. Le sang coule au fond de la chaloupe entre les filets et les hameçons. Tout son visage est déformé, elle a la bouche d’un requin blanc, les seins comme des obus et de son sexe coule du sang, de la rouille. Les requins deviennent fous à l’odeur de notre sang. Elle avance… Elle s’élance, mais d’un coup je l’envoie par-dessus bord. Les requins se lancent sur elle et la déchirent, la lacèrent. Elle crie, ses yeux supplient, les vagues sont rouges, il y a de la chair qui flotte, l’odeur est insupportable… Puis, d’un coup, les requins l’attirent vers le fond.

Ne reste que l’Océan rouge et moi, assis dans la chaise de barbier à regarder la côte. À regarder l’Amérique.

  1. Avoid descending over sharks.
  2. Don’t move quickly as you will startle them.
  3. They don’t like you to get much closer than 5m.
  4. Breathe slowly, bubbles irritate them.
  5. Do not swim after sharks.
  6. Don’t block the sharks’ ability to move away.
  7. If a shark approaches you, keep still.
  8. Never use food to attract sharks.
  9. Do not shine bright lights in a shark’s eyes.

 


motelmurders

 


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