07/03/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 3

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Cyber@bad
    abracad@bra.com

Quand mes yeux s’habituent à la pénombre, je crois rêver. La chambre n’a rien à voir avec celle d’un motel, mais plutôt à un croisement entre un cockpit de porte-avion et un sous-sol d’adolescent en face punk terminale. Des écrans, pleins d’écrans, des sonars, des radars et des radios, des ordinateurs portables et des écrans plasma, des bestioles qui partent dans tous les sens, qui marchent sur les écrans, et trois types. Celui au torse nu avec ses lunettes et sa casquette, un autre qui est chauve et recouvert de tatous et un dernier de dos, en veston avec une paire d’écouteur, assis sur une caisse, en train de jouer de la guitare. Une épave de batterie est entassée à côté de lui, avec cymbale, caisse clair et le reste, avec quelques micros, d’autres guitares et une basse. Et partout, des coquerelles, des criquets, des insectes qui gambadent en zigzag déchaînés. Sur les écrans, on les voit bien. Ils sont chez eux ici et, dans la pénombre, ils ne semblent pas se formaliser de rien.

Et s’il y a une odeur que je connais, c’est bien celle de la drogue. Des mégots de joints dans les cendriers, des cadavres de bières dans les coins, oubliés et dans des tiroirs, probablement la panoplie complète de tous les produits illicites disponibles en cette partie de l’hémisphère.

 

Adam me présente.

  - Voici Goran et Dragan, pointant les deux cyberpunk, les deux seuls de leur famille à avoir échappé au massacre de Srebrenica en Bosnie. Et pointant le type en veston, voici Samson, ex-contrebandier Crétois.
  - Peu importe d’où l’on vient, enchaîne Goran et sa casquette, ce qui compte, c’est de savoir où l’on va, où va le monde. Et nous, on sait.
  - Vous savez ? que je questionne à mon tour. Et ça ne vous intéresse pas de partager ? Parce que bien des gens sont intéressés…
  - C’est qui lui ?
  - Il m’aide, répond Adam. Il nage bien et les cargos débordent. On ne sera pas trop de deux.
  - Deux par jour ?
  - Pas tous les jours. On verra. Qui sait, s’il aime la nage, peut-être qu’il va vouloir s’associer !
  - Il est fiable ?
  - Tu es fiable ?
  - C’est qui eux ?
  - On peut s’asseoir ?

Et sans attendre la réponse, Adam s’assoit dans un sofa défoncé. Moi, j’hésite... J’imagine la colonie qui grouille partout dans le sofa... Puis je me lance, c’est moins pire que de plonger du pont rouillé d’un cargo.

  - Voici trois des premiers clandestins à passer de ce côté-ci de la mer. Trois des premiers qui ont plongé. Dragan et Goran fuyaient la guerre et Samson, la prison. Ils se sont rencontrés sur le cargo. Et c’est là que je les ai repêchés.
  - On fait tout maintenant, continue Dragan et ses tatous. C’est nous qui établissons les contacts avec les passeurs sur la côte, avec les bateaux qui transportent la marchandise, avec les dealers des pays de provenance, On s’occupe des horaires, des marées, des faux papiers, on s’occupe de tout.
  - Pas mal.
  - Pas mal, qu’il dit !
  - Je suis nouveau dans le métier, dis-je pour me justifier.
  - Donc les présentations sont faîtes, clame Adam en se levant. À chaque jour, je passe ici. Ils ont les vêtements et les passeports.
  - Comment vous faites ? Les machines, les passeports…
  - Internet, camarade. Et aux trois de rire.
  - Tout ce que tu veux, maestro, des armes, des faux papiers, des devises, des rencontres amoureuses, de la porno toute catégorie et bien sûr, des caisses de produits pharmaceutiques vendus à la livre, bref la panoplie complète de tous les produits illicites disponible en cette partie de l’hémisphère.

Bingo. Et je tasse une immense coquerelle qui me monte sur la jambe.

  - Tout ça sur le Web, mon ami. It’s all there.
  - Cyber@bad mon ami ! La mégapole qui se tient sur un microchip ! Là où tout est possible, où tout le monde a une adresse, là où downtown est un écran et l’amour, un virus ! Là où on peut s’évader, my friend. Tout ça au abracad@bra.com.
  - Everything is possible in Cyber@bad!

Tout ça au motel, entre la chambre de Saül et la mienne. Depuis toujours. Sans que personne ne s’en doute. Adam répond à mes pensées.

  - Ça aussi, c’est fantôme, tu comprends ? On n’en parle pas. On ne dit rien quand on voit un fantôme, n’est-ce pas…
  - Même pas à Kaïn ?
  - On en reparlera. S’il guérit, il pourrait venir avec nous.
  - Il guérira.
  - Je ne crois pas. Je crois qu’il va crever. Parce que c’est ce qu’il veut. Eux, ce sont des paumés mais ils sont courageux. Ils ne sortent jamais de leur chambre. Sauf qu’au travers de leurs écrans, le monde est sous leurs doigts. Tu peux leur faire confiance.
  - Ils mangent comment ?
  - Internet. Commande en ligne. Livraison, peu importe. Tout ce que tu peux faire avec le Web, ils le font. Tout. Hacking, craking, tout. Rien n’est à leur épreuve. Aucun code, aucun logiciel. Tu te rappelles le virus iloveyou.com ? C’est eux.

 


motelmurders

 


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