21/03/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 4

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Dry martini
    2003, les médecins du Canada donnent plus de 9.3 millions de consultations pour dépression. Deux fois sur trois à des femmes.

Paloma : Il n’y a plus personne dans ce motel… Merde. Un autre martini. Une autre olive. Je commence à avoir envie de danser, moi. De baiser, plutôt, soyons franche… Bref, de musique, de cocktail et d’adonis. À quoi ça sert d’avoir un corps de sirène si je ne peux pas attraper des anguilles ? Le soleil se couche et personne n’est là pour l’apéro ? Ce n’est pas très civilisé que de manquer l’apéro. Surtout quand on se prétend en vacance…

Un autre martini. Ils sont où, cette bande de cons ? Même le perroquet ne dit plus rien. Souvlaki dort la tête en bas, ses serres mauves autour du perchoir. Il se prend pour une chauve-souris. Il rêve d’être BatMan lui aussi. Tout le monde veut être un super héros. Moi, tout ce que je veux, c’est être une femme et avoir des hommes à aimer. Et si la fin de semaine, ils sauvent Gotham City des méchants terroristes, ça me va, tant qu’ils aient encore le temps d’aller danser avant de passer au lit. Mais les super héros vont au bal, c’est écrit dans les règlements… Moi j’aime bien les bals, mais je me fous des super héros. Ils n’ont rien compris. Le vrai héroïsme, c’est d’être tout le monde. Avec ses problèmes de SPM, de menstruations et de grosseurs de pénis. Ce n’est pas de se déguiser et de gagner. Ceux qui gagnent tout le temps sont ennuyants. C’est d’accepter d’être normal qui est difficile de nos jours. Kaïn, lui au moins, je sais où il est. C’est ça. Il ne se prend pas pour un héros, il se prend pour le christ. Et c’est moi sa vierge ! Un autre martini, et je m’élance vers le verger. Je regarde des deux côtés de la rue et je traverse l’autoroute. Il fait plutôt noir pour ce genre de traversée. Le soleil se couche vite aujourd’hui…

  - Salut coco ! C’est moi !
  - Laisse-moi Paloma… Je t’en supplie, oublie-moi. Laisse-moi attaché ici à faire peur aux oiseaux…
  - Eh Jésus, tu fais peur à personne… Tu sais, au bar de mon ami le junkie, celui qui m’a appris cette superbe technique de désintox, eh bien, le jeudi, dans son bar, c’est soirée fétiche ! Les gens payaient pour être attaché comme toi ! Tu veux que je te baise pendant que tu es attaché, mon chou ?
  - Paloma, ça va ?
  - Tu veux pas baiser ?
  - Qu’est-ce qui se passe ? Ça ne va pas ?
  - Ça doit être mes PMS.
  - Tu n’as pas d’utérus, Paloma. Qu’est-ce qu’il y a ?
  - Je m’ennuie. Je veux danser. Et je veux baiser. Tout le monde ici est très gentil, mais il n’y a plus personne… L’autre est parti avec le tout nu dans la mer… Tu savais qu’ils sont deux maintenant à jogger ? Le petit aussi a disparu. Le perroquet, on oublie ça. Et la jolie, elle je me la serais faite… La ménagère… Tu sais, pas de pénétration… Juste un peu de tendresse entre filles ! C’est le comble, tu ne trouve pas ! Un homme, un pâtissier qui devient lesbienne ! Elle est jolie, tu ne trouves pas… Et ne me dis pas qu’elle n’est pas aussi jolie que ta femme, sinon, je vais rougir devant le cliché.
  - Oui, elle est jolie. Toi aussi, tu es bien.
  - Tais-toi.
  - Non, sérieux, Paloma, ça va, tu es jolie, c’est réussi ton truc de magie. Avant, à l’époque où je baisais sur tous les capots, je t’aurais payé un verre, je te jure…
  - Merci Kaïn. Tu n’es pas obligé…
  - C’est sincère.
  - Merci.
  - Jamais je ne m’aurais pardonné.
  - De quoi ?
  - De coucher avec un homme.
  - Mais je suis…
  - Mais tu étais. Et ça, à l’époque, jamais j’aurais digéré. Bien plus difficile à digérer qu’une Cadillac. Mais les temps ont changés… Je suis épuisé.
  - Je sais. Désolé.

Et je me suis couché sur lui. Sa chaleur me réchauffe, me réconforte… Sa fièvre probablement. Insolation. Sa peau irradie. Je ferme les yeux. Mon martini coule un peu dans les cadavres de pommes séchées de l’autre saison. Et je m’endors dans les pétales. Il ne peut rien. Je lui vole l’affection que j’ai besoin pour dormir cette nuit. Voilà. Je suis une voleuse d’affection qui kidnappe ses proies et les attache. BatMan devrait venir sauver le joli veuf attaché par la méchante transsexuelle débauchée, voleuse d’affection, kidnappeuse de coin de chaleur. Mais les super héros, ça n’existe pas. Même si les hommes voudraient bien. Ils voudraient tellement que ça existe qu’ils pensent qu’il suffit de voler pour en devenir un. Et ça devient tellement important, qu’ils sautent en bas des ponts. Les super héros sont les premiers responsables du taux de suicide. Tout le monde veut en être, mais personne n’y croit. C’est pas comme le père Noël… Lui, il existe, j’en suis sûr, c’est un employé de Coca-Cola.

 


motelmurders

 


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