04/04/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 5

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Dead end band
    53 % des Américains pensent que les jeunes trouvent plus de vérités dans les paroles des chansons du rapper Eminem que dans les discours de leur président.

Moi : Après un steak frite, on se dirige vers la frange du monde, à l’autre bout du motel. Un steak, c’est plein d’énergie paraît-il, mais j’ai de la difficulté à digérer. Je regarde l’horizon, je cherche des traces de requins, des ailerons… Mais, il n’y a que quelques mouettes assises dans les vagues à se laisser porter par l’eau en digérant. Au loin, les cargos sont immobiles. Impatients. Ils paraissent si loin que j’en ai les poumons affolés et je sais que les cargos sont encore plus loin qu’ils ne le paraissent. Arrivé au bout de la plage, là où les milliers de coquillages sont en train de se transformer en sable fin, Adam continue de m’expliquer qui sont les trois passeurs virtuels, les virus qu’ils envoient, les puces de lits qui les démangent, le band électro western qu’ils rêvent de former…

  - Ils ne sont pas allé plus loin quand ils ont débarqué sur la plage. Le monde extérieur n’existe plus pour eux. Ils en ont rien a foutre. Quand ils ont pris le bateau pour fuir, c’est la terre entière qu’ils ont fuit. Leur confiance dans les rapports humains est complètement bousillée. Le dégoût. Le dégoût complet. Les deux frères étaient dans la caserne de l’ONU à Srebrenica pendant le massacre des Bosniaques par les Serbes. Si j’ai bien compris, quelques jours avant, les soldats de l’ONU avaient assuré à la population musulmane de Srebrenica qu’ils allaient être protégé des Serbes par les forces internationales, et donc les milices bosniaques pouvaient rendre les armes et attendre la fin de la guerre en mangeant un burek et en buvant une Rakia. Quand les Serbes ont finalement attaqué, les gens se sont réfugiés dans la caserne. Mais ils étaient beaucoup et les tirs commençaient à être plus précis, les obus plus violents… Après une journée de bombardement, la caserne ne pouvait accueillir que les femmes et les enfants. Les hommes devaient rester dehors. Sous la pluie. Et puis ils ont vu Konneman le gars de l’ONU, que son nom soit maudit négocier avec Radko Mladik que son nom soit maudit à lui aussi. Finalement, l’ONU a livré l’ensemble des réfugiés aux Serbes. 10 000 morts. Je ne sais pas vraiment de quel côté ils étaient, s’ils étaient des Bosniaques ou des Serbes, mais maintenant, ils ne sont plus rien. qu’une adresse dans mille et un chat room.

On est arrivé face aux vagues, à la frontière entre l’Amérique et l’Océan Pacifique. Toujours aucune trace de requin dans l’Océan. Sur le continent, je sais comment les repérer à 100 pieds à la ronde, mais dans l’eau… Adam n’arrête pas de parler quand il entre dans l’eau tout habillé. Dans l’eau, ces vêtements décollent de ses plaies, mais le sel lui fait serrer les dents et les poings. Je le suis en me doutant que s’il parle autant, c’est qu’il ne veut pas que je vois qu’il a mal ou qu’il ne veut pas que je pense à la traversé. C’est qu’aujourd’hui, je sais ce qu’elle demande… Alors je me concentre sur l’histoire des Balkans et je plonge.

  - Quand les deux frères sont partis, c’est à peine s’ils savaient encore comment parler. Samson, je ne sais pas trop son histoire. C’est pas clair. Il y a des femmes derrières tout ça, un réseau de trafic de mignonnes de l’Europe de l’Est pour nourrir les réseaux pornophiles de l’Amérique boulimique. Je ne connais pas toute l’histoire, mais c’était lui qui était le plus mal en point. Les trois se sont retrouvés sur les lits verts que tu as vu hier. Et à coup de cuillerées de lait, de bananes et de supplément alimentaire, ils sont revenus peu à peu à la vie. Mais je crois qu’ils ne seront plus jamais capables de vivre avec les autres… Et ce n’est pas moi qui va les blâmer. Je les comprends complètement. J’espère juste ne jamais être autant dégoûté qu’ils le sont…
  - Avec Wendy dans les pattes, je doute que ce soit possible…

Il ne répond pas. La 7e vague. Ça va. Pas de trace de requin. La nage est lancée.

  - Aujourd’hui, ils sont riches. Ils ont fait des sous sur toutes les bourses du monde. Mais ils n’ont pas de nationalité pour pouvoir dépenser les devises… Alors tout reste virtuel. De l’argent virtuel pour des commandes virtuelles… Et tous les mois, un camion de livraison dépose pleins de boîtes qu’ils ont commandé sur le Web. Jamais personne ne les voit. À part moi. Et toi maintenant.  

La 70e vague. Toujours pas de requin en vue. Je commence à relaxer. À sentir mes épaules grossir. Adam arrête de parler. Il voit que ça va. Et je me mets à penser à Kaïn. Je dois aller le voir. Dès que je reviens, je vais le voir.

 


motelmurders

 


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