11/04/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 6

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Le fond
    L'empreinte écologique du bétail pour la consommation mondiale : 18 % de tous les gaz à effet de serre.

Saül : Moi, je suis tout blanc, j’ai pas le droit de mourir dans le noir. Je suis encore là. Au centre des tuiles. Je n’ai pas bougé. Mais il va falloir que je bouge, parce que le vieux monstre ne reviendra pas. Il reste de l’air dans le sous-marin. On est descendu tellement profond dans le ventre de la mer que personne avant moi est venu ici. Il fait tellement noir ici, que je suis aveugle. Peut-être pour la vie. Mais peut-être que je ne vivrai pas longtemps, le sous-marin descend encore et il y a des monstres qui vivent dans le fond de la mer. Il y a des monstres qui vivent dans le motel aussi, il avait un couteau, mais il l’a planté dans le métal et maintenant, le sous-marin descend et je ne pourrai pas ouvrir les portes, parce que toute l’eau du monde va entrer dans ma bouche et je vais devenir mort.

C’est tout ce que j’ai fait depuis les années que je suis ici. J’ai pas dormi, j’ai pas mangé, j’ai avancé un peu vers la porte et de la main qui tient les tranches de pain, j’ai poussé la poigné ronde comme un coquillage mais rien n’a bougé. J’ai alors déposé le pain et le savon, et j’ai essayé avec mes deux mains, mais pareil, rien n’a bougé. Alors j’ai repris le savon et le pain et je crois qu’un peu de poudre blanche avec des cristaux est tombée sur les tranches de pain, mais ce n’est pas grave. Et je suis revenu à ma place au centre du sous-marin, là où le vieux dégueulasse m’a surpris avec son couteau. Ce qui m’a le plus surpris avec son couteau c’est qu’il ne voulait pas me trancher comme un pain tranché mais qu’il voulait le mettre dans la porte pour que le sous-marin puisse descendre en toute sécurité. Je ne sais pas si je suis revenu à la même place. Je crois que oui. Mais en plus d’être muet et d’être blanc dans le noir, je suis devenu aveugle, je crois, à cause de l’ampoule que j’ai regardée.

Au début dans le noir, il y avait un cercle qui brillait. C’était comme si la lumière brillait encore, mais à l’envers. Je regardais le cercle de lumière et il bougeait, le cercle, il dansait comme. Comme un ange. Un ange dans le noir qui s’occupe de moi. Et j’ai eu moins peur. Je me suis dit que l’ange c’était Maria Magdalena, que c’était elle, l’ange. Et qu’il fallait que je la protège, mais là je suis dans un sous-marin au milieu de l’Océan.

Je m’assois par terre. Au-dessus de moi, il y a des milliers de milliers de tonnes d’eau. Il y a les cargos au loin qui flottent malgré qu’ils sont en métal. Ils ont l’air tellement petits… Puis entre les cargos et moi, il y a les poissons. Des milliers de milliers de poissons, pas facile d’être seul au fond de la mer, il y a tellement de poissons. Il y a aussi des pieuvres, moi j’aimerais bien voir une pieuvre, elles ont des ventouses et elle crachent du cul de l’encre noire… Il fait tellement noir. Et j’ai vu Wendy toute nue, c’était beau, je peux pas tout voir la même journée.

En haut des vagues et des gros bateaux, il y a les mouettes. Elles tournent en rond au-dessus du sous-marin, elles me cherchent. Je ne devrais pas être au fond de l’eau, je suis un oiseau, je devrais être dans un ballon gonflé, une mongolfière, pas dans un sous-marin noir. Il commence à faire froid. Je me couche par terre. Je me mets en boule. Et je mange une tranche de pain. C’est pas bon avec du savon, le pain. Je suis sûr qu’avec le jus des conserves ce serait mieux. Je vais essayer de dormir un peu.

 


motelmurders

 


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