18/04/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 7

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

La constellation du Cancer
    À chaque année, les Us consomment à eux seuls le quart de l’énergie mondiale.

Kaïn : La lune vient de se coucher. C’est beau de voir une lune se coucher dans des silhouettes de fleurs de pommiers… De voir son croissant se planter dans les pétales… Les étoiles brillent plus fort maintenant, question de compétition. Avant, la lumière de la lune leur faisait ombrage. Elles sont innombrables, les étoiles. Mon amour, mon char volé, elle aimait ça qu’on se retrouve nulle part sur le haut d’une montagne, que je baisse le capot de ma décapotable et qu’on regarde les étoiles. Moi, je cherchais subtilement des capotes dans le coffre à gant, là où d’autres mettent leur revolver.

Là, je les observe, les étoiles et je comprends un peu mieux ma femme. Et je n’ai pas changé. Ce que je m’ennuie le plus d’elle, ce n’est pas ses plats, ni ses rires, ses mots… C’est de son corps d’auto sport bien coupé, bien jacké. J’aurais envie de sentir le cuir de sa peau se coller entre la banquette et moi, sous les étoiles… Je me souviens mieux de ses seins que de son visage. Du goût salé de ses seins… Du goût de curry de sa sueur, du goût de miel de sa vulve. Tout le sel de l’Océan ne me fera jamais oublier le sel de sa peau chromée. J’aurais envie de me coller contre elle, tous les deux tout nus, sur le siège arrière, le capot ouvert, le vent sur ses mamelons, à regarder les étoiles après l’amour. Enlacés, le corps dompté. Mais non. Je suis un con. Jamais je n’oublierai la saveur de sa vulve, mais son visage… Son visage, je l’oublie. Et ça, c’est dégoûtant. Je ne mérite pas de vivre. Je ne mérite pas qu’une fourmi s’occupe de moi. Je ne mérite pas qu’une femme dort contre moi, même si c’est un homme.

Paloma dort, blottie contre moi. Je crois qu’elle a froid. Mais elle m’a attachée à un arbre alors je ne peux pas l’abrier. Bien fait pour sa gueule, qu’elle attrape la crève et qu’elle en crève, elle m’a torchée… Et ça je ne peux pas l’admettre. Je la laisse donc dormir. Et je ne bouge pas pour ne pas la réveiller. C’est triste une femme saoule. On aimerait qu’elle se tienne droit, qu’elle reste jolie, mais le maquillage coule, la bouche se déforme et les mots sont pâteux. Elle ronfle un peu. J’oublie rapidement que c’était un homme. Forte la magicienne.

Il faut que je change de position, j’ai les jambes pleines de fourmis… Et j’ai envie de pisser comme ce n’est pas possible. Le fait de ne pas avoir bu de la journée m’aide, mais là, les démangeaisons se font insupportables. La fourmi qui était sur ma joue a établi sa colonie dans mes fesses et mes jambes, je suis tout engourdi. J’essaye de me déplacer sans la réveiller, de glisser la jambe droite de sous la jambe gauche… Paloma se réveille. Elle me regarde. Je fais semblant de dormir. Elle se lève, passe une main tendre sur mon visage et sans un mot, elle s’en retourne au motel.

Je reste seul. Avec le souvenir du corps de mon amour plus puissant que celui de son visage. Ou que sa voix. Les étoiles me pointent du doigt.

Et je me pisse dessus. Viens me chercher, mon amour, je crois que j’ai donné, que je me suis assez abaissé.

 


motelmurders

 


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