20/06/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 14

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Piranhas
    L'empreinte écologique du bétail pour la consommation mondiale : 33 % des terres arables.

Saül : Il est là. Dans le coin. Le crocodile venu boire mes larmes. L’Océan est carré. J’ai vécu toute ma vie au fond. Il y a des poissons qui me grugent les oreilles. Ils sont entrés dans ma tête et me parlent. Pour rester en vie, je pense à elle. Je sors avec elle par la fenêtre encore et encore… Je vais à la plage encore et encore… Elle se déshabille encore et encore… Lentement… Je pleure un peu. Et elle se lance dans les vagues encore et encore…

J’ai mal. J’ai mal partout. J’en peux plus d’être rien.

Le crocodile, je l’ai tué. J’ai lancé les conserves dessus jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. Mais les poissons, c’est des piranhas dans mon cerveau et eux, ils me mangent. C’est eux qui vont gagner. Ils ont percé la conserve de ma tête et mangent sans pain toute ma vie. Je rapetisse par en dedans, les piranhas mangent tout sur leurs passages. Je suis allé me cacher au plafond, mais les piranhas m’ont suivit.

Je manque d’air. Je ne veux plus être un enfant. Je veux pouvoir prendre des couteaux moi aussi et tuer les vieux. Les tuer. Si un jour je remonte à la surface, si un jour, je revois Maria Magdalena, je vais la protéger. S’ils approchent d’elle, je vais mordre. J’ai des piranhas en moi, ils ont tout mangé, ne reste que les dents. Pour les tuer, les piranhas, je me suis cogné la tête contre le mur, contre la porte, mais la porte ne s’est pas ouverte, la porte me dit de me manger les bras, là où il y a les veines, les valves, est-ce que le sang est bleu ou rouge ? Je mords mes bras. Moi je vois pas les couleurs, le sang est gris, le monde est noir et ma peau goutte le pétrole, je gruge, je gruge…

Les animaux font ça, ils se grugent la patte quand elle s’est fait mordre par un piège. Mes poumons c’est une cage à homard, je suis pris dedans, les piranhas ont des très gros yeux et les dents coupantes, plus que leurs couteaux, plus que le fond plein de squelettes de l’Océan. Dans le fond de l’eau, il fait tellement noir que l’eau, ce n’est plus de l’eau, c’est du pétrole. Du sang. Je mange mon bras. Je garde l’autre pour demain. Je vais ensuite me crever les yeux, j’en ai plus besoin. Je vais m’arracher la langue, ils sont bien les piranhas, ils mâchent ma langue, elle ne sert à rien ma langue, ma bouche est pleine de sang, pleine d’Océan. Je mords fort dans ma langue, dans mes bras et quand ça fait trop mal, je cours devant moi et je m’écroule dans le cercueil du crocodile dans les cimetières des requins, et des bateaux crevés, dans les os, les arrêtes et les queues de crevettes sans têtes. Un squelette de crocodile, c’est dur. Mais je l’ai tué. J’ai tué le crocodile et je vais tuer le vieux. Et peut-être la vieille aussi. Je le promets. Un jour, ils vont mourir.

J’entends le sonar du sous-marin des fois. Je descends toujours. J’ai la bouche pleine de pétrole. Je mange mon bras et je garde l’autre pour demain.

 


motelmurders

 


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