11/07/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 17

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

La traîne de la comète
    Do not disturb

Wendy : Il s’est endormi. Sa peau colle encore à la mienne. Dès fois, quand je me décolle, j’arrache les plaies, les brûlures. Alors, sans le réveiller, je pose mes lèvres sur les galles. Et je bois la douleur. Je vais faire le ménage de sa peau. Il n’a pas de vêtement à laver, que des vieilles espadrilles mouillés. Je mets du journal à l’intérieur, des mauvaises nouvelles, des génocides oubliés en boule dans ses souliers. Les journaux avides de sang boivent l’eau salée. Je le lave, lui. De l’intérieur. Je glisse le détergeant sur ma langue et je le dépose dans sa gorge. De mes seins, je balaye sa révolte, elle est en train de le détruire. Il en restera, je sais. Sa révolte me rendra jalouse jusqu’à la fin de nos jours, pour le meilleur et pour le pire. De mon sexe, j’aspire les crimes et l’injustice et je jouis sur lui, je le récure, je le javellise de mon plaisir, je fais de lui un homme, non plus un soldat. J’ouvre ses poings et j’y mets mes fesses, je ramène le sang dans ses jointures en réchauffant ses mains sur mon ventre, entre mes jambes. Je lave le réfrigérateur qui lui sert de dos et où il entasse l’injustice et la colère, je le lave, je le récure des ongles, j’arrache la douleur et il jouit en moi le manque d’amour qu’il prenait pour l’état des choses. Le manque d’amour qu’il prenait pour un combat.

Je passerais ma vie avec cet homme. Bien sûr, s’il le veut. Il change d’identité tous les jours, c’est l’homme qu’il me faut, moi qui fais jamais la même chambre… Oui, je vais le tromper. Parce que je ne suis pas une loi universelle comme la loi de la gravité. Moi, les seules lois que j’écoute sont celles de l’attraction des masses et de l’expansion de mon amour pour lui. C’est ça, les vraies lois de la physique. Oui, je vais le haïr, je vais lancer des assiettes et sentir le parfum de d’autres femmes sur le col de ses chemises. Et je serai jalouse. Mais jamais aussi jalouse des femmes que de ses guerres. Je m’en fous. C’est ça qui est beau. Les assiettes cassées, les lits défaits, le rouge à lèvre répandu sur sa peau…

C’est la première fois que le monde me semble complet. Avant, il y avait le vide. Partout le vide. Entre les électrons, entre l’anti-matière, entre les planètes et les constellations. Partout le vide. Il ne fait pas l’amour comme un dieu, il le fait comme un homme, il ne sait pas baiser. Je vais devoir lui apprendre les milles et unes façons de se faire plaisir, mais il me fait l’amour en me regardant. Il me remplit.

On cogne à la porte. Doucement.

Par ma fenêtre, j’aperçois un bateau de pécheur. Les bateaux de pêche sont les comètes de la mer et leur queue est composée de mouettes blanches qui traînent loin derrière leurs sillons.

Ça cogne encore. Pourtant, il est écrit Do not disturb.

pleaseDoTheRoom

 


motelmurders

 


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