15/08/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 20

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Le deuxième étage
    Parmi les 50 pays du monde où l’espérance de vie est la plus faible, 42 sont situés en Afrique.

Wendy monte avant moi, une limonade à la main.

  - Tu ne me laisses pas trop longtemps avec lui. Sinon, il va vouloir promener ses mains.
  - Et la technique pour l’approcher ?
  - La limonade.
  - Pardon ?
  - Il fait chaud. Tout le monde a envie d’une limonade.

Avant qu’on ait commencé à monter, Adam de son côté, est entré flambant nu, dans le restaurant,. Puis, je l’ai entendu demander la recette des crevettes flambées à l’Ouzo. Wendy et moi, on en a profité pour passer derrière le comptoir de la réception. Les escaliers qui montent au deuxième sont là. Wendy est toute jolie, toute épanouie. Heureuse. C’est sûr qu’elle se fait du mauvais sang pour Saül, mais en couche de fond, Adam lui fait du bien. Ça crève els yeux. Et ça me crève un peu le cœur. Elle me chuchote à l’oreille pendant que sa lavande fait des ravages en moi.

  - Merci d’aider Adam.
  - Il n’y a pas de quoi. Il t’embellit, si c’est possible…
  - Oui, c’est possible. Tu es gentil. Toi aussi, tu m’as embellie.

Vivement une femme douce et épanouie. Si le bon dieu existe, c’est un salaud, j’en ai une nouvelle preuve avec cette disparition du petit, mais s’il existe, qu’il mette une jolie femme douce, simple et épanouie sur mon chemin et je jure de ne pas entrer dans une église avec un AK-47 afin de lyncher le proprio.

On monte les marches. Wendy tient sa limonade dans la main et son parfum est en plein combat avec l’odeur des vieux qui règne en roi sur les marches, au fur et à mesure qu’on monte. Ce ne sera pas facile.

  - Qu’est-ce tu fais ici toi ? gueule le vieux…

Il ne m’a pas vu. Il est couché sur le couvre-lit vert d’un lit bien fait dans une chambre complètement dénudée. Deux lits identiques, bien tirés avec couvre-pied en grosse laine et oreiller assortis. Une télé noire sur une table à carte. Un dentier jaune dans un verre à côté d’une paire de lunettes double foyer sur la table de chevet du vieux. Et dans le coin, le soluté bleu fluo qui dégoutte sur le plancher. Je vois l’aiguille du cathéter dans son bras dégoulinant.

Je me glisse dans l’autre pièce qui forme le deuxième étage. Une espèce de salon bureau, avec quelques livres sur une étagère, des livres de médecines surtout, sur la grossesse… Ça m’étonne d’eux. Ils sont cinglés, les jumeaux… Il y a aussi un tableau avec 60 sortes de nœuds de marin complètement délavé par le temps, un sofa lit défoncé, une table en simili-bois avec une petite nappe en dentelle de plastique dessus. Un pot avec une fleur en plastique. Et la vue sur la plage, sur les vagues, sur les plongeons des mouettes et le ciel d’un bleu impitoyable. Deux portes. J’entends Wendy qui fait sa langoureuse sous les reproches acides du vieillard.

  - C’est qu’il fait chaud. J’ai pensé une limonade…
  - C’est interdit aux employés de monter. Vous le savez.
  - Je la dépose ici, sur votre table de chevet. Vous devriez sortir, il fait beau dehors…

J’ouvre la première porte. Une dépense. Les vieux livres de la réception, classés par année, des dossiers, factures, de la papeterie et le reste. Tout semble encore fait à la main. Il y a l’autre porte près de la chambre. Ça doit être les toilettes.

  - Le cordon de mon tablier est défait, vous pourriez me l’attacher ?

En me dirigeant vers la seconde porte, je croise le regard dégoûté de Wendy alors que le vieux est devenu silencieux, qu’il a mis ses lunettes doubles foyers et qu’il attache le cordon du tablier sur le galbe des hanches de la ménagère juste là où son dos se transforme en merveille du monde. Je te jure, je fais ça vite, Wendy. Je sais qu’il doit en profiter pour laisser ses doigts glisser sur ses fesses et ça me lève le cœur.

C’est bel et bien une toilette. Et ça pue. Une pharmacie, un autre support à soluté, des pilules par paniers, deux robes de chambres complètement nauséabondes, un tas de boîtes de Viagra, mais pas de petit. Fausse route, il n’est pas ici. À moins… Merde, dans la chambre, il doit y avoir un garde-robe.

Je ressors de la toilette. Je glisse un coup d’œil dans la chambre. Le vieux est assis sur le lit, il regarde Wendy se regarder dans le miroir plein pied qui recouvre la porte du garde-robe. Elle me voit dans la glace. Elle ouvre alors brusquement le garde-robe. Je m’éclipse. S’il n’est pas là, il n’est pas en haut. Je descends les escaliers en entendant Wendy s’excuser.

  - Oh, je pensais que c’était la sortie. C’est par là ? Désolé. Bon eh bien, je retourne à mon ménage.

Elle me rejoint en bas, coquine, buvant la limonade du vieux par la paille.

  - J’ai pas voulu lui laisser. Qu’il crève de soif, le vieux dégueulasse. Il n’a même pas remis son dentier pour me tripoter les fesses, j’ai failli me tromper en reprenant la limonade. Il était là, le dentier dans un verre d’eau sur la table de chevet. Jaune. Je ne veux jamais vieillir.

Elle a dit ça avec tellement de conviction que je suis sûr qu’elle ne vieillira pas. On ne peut rien refuser à une demoiselle aussi jolie.

(DERNIER RENOUVELLEMENT)
JETER : 2003/04

 


motelmurders

 


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