22/08/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 21

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

L’heure de la sieste
    On recense encore plus de 200 000 enfants soldats sur le continent Africain.

« Je crois savoir où il est » nous explique Paloma.

Je suis couché sur le dos, les yeux fermés, dans le sable. Le soleil me réchauffe. Je suis tellement fatigué que j’en ai froid. Je suis tellement lourd que j’enfonce dans le sable. Wendy, Adam et Paloma sont avec moi. Paloma fait son rapport.

  - Elle se doute de quelque chose, la vieille. Elle ne m’a pas laissé beaucoup de temps, il a fallu que je me cache dans l’armoire à balais, mais j’ai vu derrière la cuisine. Il y a trois réfrigérateurs. L’un d’eux a un couteau planté dans la poignée qui l’empêche de s’ouvrir, je crois.
  - Quel réfrigérateur, s’écrie Wendy prise d’effroi.
  - Celui de droite.
  - La remise ? Tu es sûr ? Celui de gauche, c’est le congélateur, il ne tiendrait pas une heure, et celui du centre, c’est le réfrigérateur, et là non plus…
  - Celui de droite, mon amour, celui de droite. On va le sortir de là, ne t’inquiète pas.
  - Les salauds…

Je ne serai jamais capable d’aller aux cargos seul ce soir. Je me rends, pendez-moi pour collaboration avec l’ennemi, rasez-moi la tête, je couche avec l’idée de me cacher moi aussi. Saül, tu n’as pas choisis ta journée pour te faire séquestrer. Je m’endors. Sur la plage. Là, en pleine crise, en plein kidnapping. C’est pas que je ne t’aime pas, petit, tu le sais, c’est que je suis vidé. Ça fatigue, les émotions… Je devrais peut-être doubler ma dose d’antidépresseur, question de ne rien sentir…

Je suis dans l’eau. La marée a dû monter. Pleins de petits poissons me mordillent la peau. Une mouette tourne autour de moi. Elle me prend pour un poisson. Elle va plonger. Ça y est, elle plie les ailes, elle pique du nez, elle va me plonger dedans, me transpercer, planter son bec dans mon nombril… Je sens déjà son bec me percer la peau, déchirer mes muscles et me manger l’intérieur, fixé, figé, paralysé… Non. Elle dépose ses pattes palmées sur mon ventre. Ses pattes sont visqueuses. Elle passe la tête sous l’aile, se gratte un peu, une plume s’échappe et se dépose sur mon cou. Elle me regarde. Penche un peu la tête vers la gauche. M’observe. Puis un requin m’arrache la main.

Je me redresse d’un coup, je me réveille assis, la main dans la bouche de Paloma. Elle part à rire. Tout le monde rit un peu. Pas trop quand même, le petit est enfermé dans une remise de restaurant d’autoroute, rien de réjouissant.

  - Désolé de te réveiller, mais pendant que tu rêvais à de jolies sirènes épilées aux nichons fermes et aux cheveux d’algues, nous on essaie de sauver un gamin séquestré.
  - J’ai trouvé, dis-je encore drogué de fatigue. Wendy, tu es géniale avec ta limonade. Elle est là la solution. C’est simple. À l’heure de l’apéro, limonade pour les deux. J’ai une valise pleine de somnifères et autres dérivés pharmacologiques. J’ai aussi du GHB…
  - La rape dope ? Salaud.
  - L’effet est agréable Paloma, quand on ne mélange pas avec de l’alcool.

Il y a en vente libre sur le marché noir dans les Amériques de bars d’after hour, de rave, de violeurs et de pervers, une petite poudre venue en comprimé hand made que l’on déverse dans le verre des demoiselles trop jolies pour leur sécurité. Les filles naïves sont des proies faciles aux requins de fin de soirée. Mélangée à l’alcool, la molécule de la poudre blanche fait perdre le Nord et bien souvent beaucoup plus. Les biches tombent dans les bras des prédateurs et autres braconniers du night live rapace et le lendemain, elles se réveillent n’importe où avec aucun souvenir de leur fin de soirée et du sperme usagé entre les jambes. Et c’est dégueulasse. Mort aux employés du GHB dans les verres abandonnés un instant de trop. C’est en vente libre au marché noir, parce que mélangé à du jus de fruit, c’est un planeur délicat et euphorique pour les ravers lassés de l’ecstasy.

  - Paloma, j’ai de tout dans mes valises, mais uniquement pour usage personnel. Je n’ai pas une dent de requin attaché à une chaîne en or dans le cou.
  - Je sais. Je sais. Mais pour que ce soit vraiment efficace, il faudrait que la rape dope soit mélangé à beaucoup d’alcool, ajoute Paloma en connaisseuse. Donc, vive les somnifères.
  - C’est ça. Vive les somnifères. On va les droguer, les morts-vivants.
  - Un peu de respect pour l’âge d’or.
  - Plus jamais.

 


motelmurders

 


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