19/09/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 10 / 25

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Bouche-à-bouche
    1 personne sur 4 au monde souffre de carence alimentaire.

Maria Magdalena : Je suis resté en dessous du lit. Pendant longtemps, le fusil me disait des cochonneries bandées vers ma bouche, mais je n’ai pas fermé la télé. J’ai bien fait. Puis ils sont venus et ils me l’ont rendu. Il s’appelle Saül. Et il dort. Il y a du sang de coagulé sur ses lèvres. Je passe le bout de mon doigt sur ma langue, je prends un peu de salive et je lave ses lèvres doucement, sans le réveiller. Je le lave.

J’entends son cœur battre. Je mets le mien au diapason. Il se débat dans son sommeil, il donne des coups, il veut mordre ses bras, il grince des dents, il essaie de mâcher le vide… Non, ce n’est pas le vide. C’est sa langue, il mange sa langue. Il faut que je fasse quelque chose, je ne veux pas qu’il saigne. Alors, je sais. Je l’embrasse. Je lui donne ma langue. Qu’il la mord s’il veut, mais qu’il arrête de se faire mal.

Il ouvre les yeux alors que ma langue est entre ses dents. Il recule d’un bond. Je le laisse. Je dois être rouge comme un couché de soleil. Il pose sa main à ses lèvres, repose sa tête contre l’oreiller. Il me regarde. Je me rapproche alors. Je lui joue dans les cheveux. Il ferme les yeux. Je le colle contre moi. Les larmes se glissent entre ses paupières. Il dort.

Je tire les couvertures sur nous. Sur nos têtes. Il fait froid cette nuit. Quand il se débat encore, je le serre contre moi.

Et je l’embrasse. La première fois, il ouvre les yeux, il me regarde tellement profond, on dirait qu’il est au centre de la mer… Et les valves s’ouvrent les yeux se vides, le bateau a pris l’eau et les pompes évacuent le surplus, alors, je l’embrasse encore. Les yeux, les joues mouillées, les lèvres… Il pleure avec bruit. Il fond. Lui, le muet, il pleure avec bruit.

Je m’en fous si demain, il me chasse. Non. Il ne me chassera pas. Ses lèvres gouttent le sang, mais il ne saigne plus. Je lui fais la respiration artificielle, sauf que je glisse ma langue. Je lui caresse les dents, les lèvres, sa mâchoire se détend.

Mes pantalons sentent encore l’homme de cro-magnion, mais il a réussi sa mission. Il y a du savon dans une tasse à mesurer, à côté de la chemise devenue grise et rose et du pantalon puant. C’est des cadavres de souvenirs. J’ai la chair de poule. Lui, il dort tout habillé. Je m’endors à mon tour, en vigile, me réveillant à chaque soubresaut. L’embrassant à chaque carie. Calmant les tremblements en le collant contre moi.

Je dors. Le fusil aussi. Sous l’oreiller. Sur mes lèvres, il y a du sang. Mais ce n’est pas une cochonceté. Ce n’est pas le fusil qui a gagné.

 


motelmurders

 


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