10/10/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 11 / 2

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Lits numérotés
    L’industrie pharmaceutique a occupé le sommet du palmarès des profits tout au long des 10 dernières années du 20e siècle.

Moi : Dans la calle du bateau, le reste de l’humanité. Les autres. Ceux qui n’ont pas la télé couleur, ni même le congélateur. Au bout de la calle, au coin de leur monde en marge du notre, la fange. L’écume des hommes, ceux qu’on ne voit pas, dont on ne parle même pas. Au bout de la calle, à l’extrémité des containers, il y a des épaves d’homme, des gens sans terre et sans espoir, qui viennent de villages rasés, de coins oubliés, des retailles de continents où les parrains locaux baisent les enfants sans le demander poliment. Des vieillards tout jeunes, 20 ans, 40 ans, qui n’en peuvent plus, qui se couchent sans dire un mot sur un des lits verts, numérotés. Ils sortent de leur container, trébuchent et se traînent au fond de la calle, là où il y a un faux plancher, un faux espoir de rémin iscence. Ils s’assoient sur le bord d’un lit de libre, ils se couchent et perdent leur nom au moment où leur tête se dépose sur l’oreiller. Ils échangent alors leur nom contre le numéro du lit.

Le lit 62 a besoin d’être lavé, sa diarrhée n’a pas arrêté. Il faudrait des pilules constipantes, mais les stocks sont vides…
Le 87 est violent, il faut libérer les deux lits adjacents… Avec des calmants, ça irait mieux, mais où trouver des calmants ? Et où placer le 86 et le 88 ?
Aide-moi, je dois donner une piqûre au lit 12, il est aveugle et encore fort, et il ne veut pas que je le pique.
Laisse tomber la piqûre, il n’y a plus de sérum.
Il faut raser le 27…
Le 21 va mieux, si ça continue, il va pouvoir retourner dans les containers, attendre son tour.
T’as des anti-inflammatoires ? Non. Des antibiotiques ? Non. Des anti-douleurs ? Non. Des aspirines ? Je crois qu’il m’en reste quelques-unes. Postdatées.

De temps en temps, il y en a un qui retourne aux containers. Il se lève, laisse sont lit à un autre et va attendre dans son coin sa chance au Libre marché. De temps en temps, il y en a un qui se souvient de son nom. En général, ils sont trop amochés pour pouvoir le dire. Mais ce n’est pas réellement le but. Ils sont là pour trouver un peu de dignité dans leur mort. Pour ne pas s’éteindre comme un rat dans le fond d’un container de métal rouillé et froid au fond d’une calle humide et sombre de bateau transatlantique.

Ozgür ne me dit rien, il me teste. Il a tout vu. Il me regarde, avec sa tache de vin en forme de pays. Il est là, son pays d’origine, une tache… Il le porte en lui. Un grand homme à la barbe très forte, toujours rasée, toujours en train de repousser, grise, sous la moustache qui elle, est toujours bien taillée. Beaucoup d’hommes ici portent la moustache, je réalise… Je réalise beaucoup de choses. Ozgür m’observe. Je suis arrivé au milieu de la nuit. Il n’a pas dit un mot. Mais je sais ce qu’il en pense. Et je m’en fous, je suis beaucoup trop fatigué pour m’en préoccuper.

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motelmurders

 


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