17/10/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 11 / 3

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Cold Turkey
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Kaïn : Ma femme est la meilleure cuisinière de tout le parc automobile. Elle prend un gigot d’agneau, y plante un couteau fin un peu partout et le gave de gousses d’ails. Plein de gousses… Ensuite, elle mets de la moutarde partout sur le gigot. Plein de moutarde… C’est bon ! Pas de la moutarde de baseball jaune fluo comme une corvette volée, non de la moutarde de Français. Et elle en met partout. En dessous, par-dessus, dans les coins, partout. Puis du romarin frais. Avant, je ne savais même pas c’était quoi, le romarin. Je connaissais le vinaigre blanc sur les frites dans les cantines d’autoroute. Plein de romarin frais… Merde que c’est bon… Du poivre, des bouts de pain sec dans la moutarde, un peu de sel, du sel de mer, s’il vous plaît, des oignons et des carottes dans le fond du chaudron. Et à côté, des pommes de terre avec du beurre et du thym enroulé dans de l’aluminium aérodynamique, le tout dans le four, ça cuit lentement… Et ça explose sous la dent.

Quand on partait en promenade avec la Cadillac ou la Lincon, elle apportait toujours un casse-croûte. Même ses sandwichs étaient meilleurs que le drive-tru. Dans son sandwich au poulet, elle mettait de la mayonnaise, des échalotes, et une salade spéciale. De la roquette qu’elle appelait ça. Et le sandwich disparaissait comme une fusée. Dans ses œufs, elle ajoutait un peu d’estragon. Très peu, c’est sucré qu’elle disait.

Sa lasagne était tellement appétissante qu’on se serait couché dedans, entre les tranches de pâtes… Sans faire l’amour, juste pour dormir collé, le ventre plein.

Steak frites… T-bones… Hamburger avec piments forts marinés coupés en petites tranches, fromage blanc, pas orange déjà enveloppé, non, blanc, le fromage. Son bacon était plus croustillant qu’un film xxx. Elle me faisait à manger en m’attendant. Et moi, pendant ce temps-là, je mangeais les jambes de n’importe quelle fille qui voulait bien écarter.

Eh bien maintenant, je crève de faim.

Je tremble. J’ai des sueurs froides. Je ne sais plus vivre, je ne sais plus manger, j’ai pas envie de manger ses plats, je me meurs pour un bout de pare-choc. Je grince des dents, je sais qu’elles se liment les unes contre les autres, elles seront plus coupantes pour le métal… Je vendrais ma sœur, ma mère, mon garage pour un morceau de carrosserie… Chaque pore de ma peau réclame sa dose, chaque terminaison nerveuse crie, je suis un grand brûlé, la sueur me traverse le dos, elle laisse des tranchés béates de chair… J’arrive pas à dormir, je serre des dents, je les sens éclater entre elles. Au secours… J’ai besoin d’un morceau… Je serre les poings, les paupières, je serre les couilles, j’essaye d’arracher l’arbre, je me déplace quelques vertèbres, les bandages saignent… S’il vous plaît, détachez-moi !

  - Détachez-moi ! J’ai mal, bande de sans cœur ! Bande de sans cœur, de crève la douleur. D’hypocrites… Vous vous prétendez libre, ouvert, même pas capable de laisser un homme vivre sa vie, choisir sa mort… Lâches ! Même pas capable de regarder la mort en face, même pas capable de me regarder en face…

Bandes de lâches. Ça y est… Quelle honte, pas moyen de passer au travers d’une crise de manque sans pleurer. Je pleure quoi exactement ?

Aidez-moi… 4 jours maintenant… Juste un petit morceau de carrosserie, juste un bout de pneu… Une goutte d’huile à moteur ? Je vous en supplie… Je fais n’importe quoi, n’importe quoi, je suce des queues, je me penche bien bas, j’offre tout, mon cul est un stationnement ouvert, gratuit, je me carambole dans toutes les positions que vous voulez, je vous en supplie, humiliez-moi, avilissez-moi, je ne veux qu’un morceau de mon auto, vous comprenez ? J’en ai besoin, toutes les cellules de mon corps crient, j’ai besoin de ma dose… Je veux rien d’autre, il n’y a rien de plus beau, il n’y a rien de plus laid, il n’y a que ça.

Je vous en supplie… Juste un morceau… Je ne veux qu’un petit morceau de ma mort.

 

HIGH TIDES
AM 12H 02                    PM 12H 34

 

Malheureusement, l’Eden Motel doit fermer pour cause d’édition possible. Pour être tenu au courant des développements d’Adam, de Saül, de Kaïn (pauvre Kaïn), de Maria-Magdalena, de Wendy, de Paloma, de Trailer Park Joe et à l’occurrence, de moi, n’hésitez pas à me contacter.

Pour avoir le roman au complet dans une bouteille à la mer, n’hésitez pas non plus, je suis fidèle et je suis triste de partir du Motel.

Eh oui, c’est un cold turkey.
Bonne chance !

Je vous embrasse. À vrai dire, je couche avec vous, peu importe qui vous êtes. Et la baise est bonne.

La semaine prochaine, l’Amérique s’ouvre comme la mer Rouge. Elle écarte les jambes comme elle sait si bien faire…

xxx.

 


motelmurders

 


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Debut du roman
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Debut du roman
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