05/12/2007
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Fake dollar bills
20$

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Fake dollar bills, écrit à l'été 07,
au sud des Us of A.

“Act of God”
    We tear down houses.

Scène 1. New Orleans, 29 Août, 2005.

Un noir, seul sur un toit. Tout autour, l’eau monte. Les alligators sont rois, les serpents d’eau se faufilent. Il joue probablement d’un instrument. J’aime particulièrement le banjo ou l’harmonica. Mais peu importe quel instrument, il joue de la musique. En Amérique, seule la musique peut agir de rédemptrice.

Downtown : Katrina. Déesse de la peur, charmeuse du serpent d’eau, déchire le voile qui m’aveugle. Déchire le monde et montre lui ce qu’il est, ce que je suis devenu. Inonde nos téléviseurs avec la preuve du mensonge, avec l’aberration. Tu m’as traîné dans l’horreur des stades bondés, de la suprême trahison du Superdome, les réfugiés sont mort, gonflés et l’aide n’est jamais venue. Help. Je suis resté seul. Sur le toit de ma maison, sur le toit de ma ruine. Sous le soleil, après la pluie.

Les rats et les serpents flottent, et l’aide ne viendra jamais. Les alligators règnent et la police venue par hélicoptère s’est mise à me tirer dessus. L’enfer, c’est quand l’espoir te tire dessus. L’enfer, c’est les corps blancs de mes voisins qui flottent, c’est les noirs imbibés d’eau qui flottent, qui sont dévorés par les rats. Les corps qu’ils ont pris pour cible… Les corps qui flottaient, rongés par l’eau, dévoré par les rats, troués par les balles… L’enfer, c’est la police qui tire sur les réfugiés des toits. Ils n’auraient pas dû. Ils n’auraient pas dû tirer sur mes voisins morts… Ils auraient dû me sauver. Mais non. Je suis seul. Je reste seul. Et personne ne sait mon nom.

Katrina, inonde l’Amérique de son mensonge. Les riches sont au sec, pendant que mes voisins sont gonflés d’eau stagnante, pendant que les renforts déversent leurs bombes au Moyen-Orient, pendant que les secours ouvrent feu sur les cadavres. Irak. Afghanistan. Et maintenant, l’Iran ? Je suis assoiffé sur mon toit…

Katrina, ouvre les entrepôts d’esclaves. Déchire les quartiers pauvres, éventre le 9th Ward, laisse les saints nager, laisse les serpents mordre, laisse les toits s’écrouler du poids des réfugiés. Avale-moi. je n’ai plus rien. Je ne vaux plus rien. Ceux que j’aime ne se souviennent même plus de mon visage.

Le bayou a gagné. Il a envahit la ville. Les édifices poussent maintenant de l’eau. L’humidité s’infiltre. Tout pourrit. Pousse en moi un cyprès. C’est l’arbre de ma colère. Il va me déchirer.

New Orleans, 29 Août, 2005. Trop peu est reconstruit depuis.

 


motelmurders

 


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