14/05/2008

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Film film

 

 

Les clous dans la poupée voodoo
2e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

Le pétrole de ses yeux
    Feed the world.

Dans ses yeux a elle, toute la misère du monde, la noirceur et le désespoir muet. Le même regard qui hante les rues, de Lomé à Jijiga, ses yeux à lui, à elle, à elle aussi… L’absence d’un demain à chérir, l’absence qui prend toute la place, même le bruit qui peut sortir des yeux de certain, toute la place, même celle du rêve. Rien. Le vide. Des larmes cristallisées dans l’arrière-boutique, pétrole opaque, la pupille incassable, marée noire, pétrole malheureux, silencieux. La résignation qui coule hors de l’iris, vendeur de mouchoir, de disque copiés, de cigarettes, briquets, pornos bon marché, l’enfant du coin, qui attend, qui ne veut que dormir, épuisé depuis la colonisation, depuis l’esclavage, qui vend tout, ses jours, ses mouchoirs, son briquet et sa jeunesse, et sa sœur qu’on peut acheter 20 dollars ou moins. La réalité a tout bouffé et tous ont faim. Les jours ensevelis, les hommes ensevelis, la prostitution comme un raz-de-marée, le désespoir comme une marée noire, il fait triste en les arrières boutiques des anciennes colonies. Encore aujourd’hui, depuis hier et pour demain. Chaque jour, sa marée noire, chaque heure vendu au marché noir, vieux vestiges modernes de la vieille traite des noirs. Et remonte les cadavres dans la lagune. Ceux qui on voulu sortir du pétrole et u mettre le feu. Et la mer recrache les corps le matin. Ceux qui ont osé dire au-dessus des vagues.

Le ventre crie.

Le silence est mort à jamais ici.

La lagune déborde de sang noir, de révoltes assassinées, de cette absence de silence. Rien. Opaque.

Le monde entier est aspiré dans ces yeux. Le monde entier sait que le futur ici est un corps menotté, recraché par les bas-fonds, le rêve, un ventre gonflé d’eau salé, vomi des guerres, échoué sur les plages. Le monde entier a les mains pleine de pétrole malheureux. Silencieux, au dessous de cette musique craché partout pas les plus immenses haut-parleurs que le progrès ait jamais accouchés. Les mains pleine de pétrole visqueux. Chaud. Le monde entier ferme les yeux.

 


motelmurders

 


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