04/06/2008

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Les clous dans la poupée voodoo
5e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

La petite histoire d’un voyage qui n’aura jamais lieu…
    Visa Denied part 2.

Auteur : Le Haut Commissariat du Canada à Accra
Avec en primeur, LUCIEN KOKOUVI DZIFA GALLEY
Ainsi que Marcelle Dubois et le Festival du Jamais Lu,
Monique Blin,
Bernadette Marthelot et Les Écritures Vagabondes
Et Philippe Ducros.

Présenté en deux parties au Cabaret de la 7e édition du Festival du Jamais Lu.

Deuxième partie

Mercredi 23 avril
Objet : visa encore refusé

KOKOUVI : Marcelle, Bernadette, Philippe

Encore une fois, ils m’ont refusé le visa. Toujours la même procédure. J’arrive un jour plus tôt. Je passe la nuit, le lendemain, je paie la banque, et je passe au consulat, j’attends mon tour, ils m’appellent, je leur donne mon dossier et j’attends. Pas d’entrevues pour moi. On dirait que je suis muet ! Puis ils te disent de repasser à 15 h. Tu arrives, ils te font attendre jusqu’à 16 h, le temps de servir les autres et ils te refusent le visa finalement !

Il est trop tard pour retraverser la frontière. Je dois passer ma seconde nuit à Accra !
Je n’ai plus envie de subir ça !

Monsieur / Madame
La présente lettre concerne votre demande de résident temporaire au Canada, blablabla… Je ne suis pas convaincu que vous répondez aux exigences de la loi et du règlement blablabla…

Veillez agréer Monsieur / Madame, l’expression blablabla…


Toujours le 23 avril

MARCELLE : Quel malheur!
Comme c’est absurde! Je suis en colère contre mon pays. Je ne comprends pas!

Écoute Kokouvi, je vais tenter de rappeler l'ambassade basée ici au Canada comme j'avais fait la première fois et trouver une ficelle par laquelle on pourrait faire bouger les choses... Mais l'institution semble immuable. C'est vraiment injuste...

Je te reviens vite
Bises pleines de sympathie

Marcelle


24 avril

KOKOUVI : Marcelle!

Du courage! On ne choisit pas son pays! Heureusement qu'on peut encore choisir notre coupe de cheveux!

À bientôt!


Jeudi 24 avril à nouveau

MARCELLE : Cher Kokouvi,

Nous choisissons effectivement pas notre pays, mais nos alliés oui! Tout comme notre coupe de cheveu…

Marcelle


Vendredi 25 avril 
De Marcelle @ Kokouvi, Philippe, écritures Vagabondes
Objet : Dernière possibilité

MARCELLE : Bonjour Kokouvi, Bernadette et Philippe,

J'ai appelé aux différents ministères fédéraux et provinciaux, et les portes semblent fermées. Mais j’ai pourtant réussi à rejoindre le cabinet de M. Gilles Duceppe, chef de l'opposition au fédéral, et député de comté du Jamais Lu qu'il soutient d'année en année... Belle porte d'entrée.

Alors, ils ont pris le dossier au sérieux et l'avocate du bureau du Député envoie une lettre à l'instant à l'ambassade à Accra avec la mention urgence. Alors, on se croise les doigts pour qu'ils lui répondent d'ici lundi. Jusqu'à quel moment, c'est jouable pour toi Kokouvi?

Marcelle


Vendredi 25 avril
Objet : Re-dernière possibilité

KOKOUVI : Je propose ceci. Si vous n'avez pas de réponse avant aujourd’hui vendredi dans la soirée, je pars à Accra dimanche. Là j'ouvre mon mail le lundi, très tôt. Si ça marche, je cours payer à la banque, puis je vais ensuite au consulat pour avoir le visa et rentrer le même lundi (s'il n'est pas tard pour rentrer) ou mardi très tôt pour prendre mon vol le soir de ce même mardi.

Si je vais à Accra et que j'ouvre mon mail et que ça ne marche pas, je reviens tout calmement chez moi.

Je nous souhaite bonne chance!

Kokouvi


Lundi 28 avril 
Objet : Je suis à Accra

KOKOUVI : Marcelle, Philippe
Depuis hier, je suis là. Pas facile de trouver un cyber. Enfin…

Kokouvi


Lundi 28 avril 
Objet : Si on arrêtait

KOKOUVI : Bernadette, Marcelle, Philippe

Ce n’est plus jouable. Il est 12 h 26. On peut plus donner de visa aujourd’hui.


Deux minutes plus tard, Lundi 28 Avril :
De kokouvi @ Philippe
Objet : Philippe j’arrête.

KOKOUVI : Bon! Yovo, si on baissait les rideaux sur cette affaire de Visa ?


Quelques minutes plus tard, Lundi 28 Avril 
De Philippe @ Kokouvi
Objet : Re : Philippe j’arrête.

PHILIPPE : Salut Ameïbo
Salut ami.

Que d'émotions, on te fait vivre! Je viens finalement de parler à Marcelle. Les chances sont minces, mais l'effort pour aller voir si elles ont changé est considérable pour toi. Si le courage te dit de rester, et d'essayer demain matin, alors sache que je m'engage à ce que toutes tes dépenses te soient remboursées.

Mais entends-moi, Kokouvi. La sagesse dit peut-être de laisser tomber. Et je crois que c'est toi sur place qui peux prendre le pouls. Nous respecterons ta décision. C'est juste qu'ici, je ne suis pas capable de voir si ça vaut le coup de réessayer. On va avoir des nouvelles du député en question seulement dans quelques heures.

Voilà. Tu es peut-être sur le chemin de Lomé. Si oui, bonne route. Sinon, courage.

Avec tout mon respect, mon admiration face à ta ténacité et mon amitié toujours grandissante,

Yovo Philippe


Deux autres minutes plus tard, Lundi 28 Avril :
De kokouvi @ Tous
Objet : Re : Philippe j’arrête.

KOKOUVI : Philipe, Marcelle, Bernadette,

Si on comprenait tous par là qu’on a tout tenté mais ça n’a pas marché ?

Marcelle le Festival commence, faut que tu t occupes des autres auteurs. Vous avez fait le maxi. On aura d’autres opportunités,

Philippe, Yovo, nous sommes arrivés à la frontière du possible (À moins qu’il y ait un coup de théâtre (rires)

Cousine Marcelle, on a voulu ouvrir une porte qui était fermée…

Bernadette, Ben pas de chance, on aura tous essayé.

Je vais rentrer chez moi à 13 heures.


Quelques autres minutes plus tard, Lundi 28 Avril 
De Marcelle @ Kokouvi

MARCELLE : Cher Kokouvi,

Ce qui m'attriste le plus, c'est certainement de ne pas te rencontrer. J'ai l'impression d'avoir développé une belle relation de confiance avec toi et c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir finalement mettre un visage sur cette rencontre.

Je raconterai au public ton histoire et si tu me permets, je lirai plusieurs bouts de nos correspondances par courriel. Ainsi, l'aventure vécue ne tombera pas dans l'indifférence. Qu'en dis-tu? Des fois, pas besoin de fiction : les mots de la réalité sont assez forts.

Cher Kokouvi, la vie est longue! J'espère vraiment pouvoir aller te voir dans des jours pas trop lointain.

Je t'embrasse très fort.
En toute amitié

Marcelle


Cinq heures plus tard Lundi 28 avril 
Objet : De retour à Lomé

KOKOUVI : Marcelle
Tu as carte blanche.
Tu as raison, la vie est longue...

Kokouvi


Dimanche 4 mai 2008
De: Kokouvi Galley @ Festival « Jamais Lu »
Objet: Ma lettre au Festival… Suite.

KOKOUVI : Chers amis du Festival "Jamais lu"

Voici, Messieurs, Mesdames la fin de cette petite histoire, la petite histoire d’un voyage qui n’aura jamais lieu.

« Monsieur, je ne suis pas convaincu que vous répondez aux exigences de la loi et du règlement pour les raisons suivantes : vous n’avez pas d’expérience en matière de voyage. 

C’est entièrement de ma faute, j’aurais dû naître sur les ailes d’un avion ou sur un majestueux bateau de croisière.

- La raison de votre visite. 

Quitter le Togo, ce petit coin de l’Afrique de l’Ouest, vers le Canada, si grand pays à l’autre bout du monde par amour du théâtre, ce n’est pas convaincant pour un fonctionnaire qui fait bien son travail !

- La durée de votre séjour au Canada 

Le petit fonctionnaire oublie que ce qui est beau au théâtre c’est qu’il ne dure que quelques instants, quelques instants éphémères qui chassent en nous nos chimères.

- Vos biens mobiliers et votre situation financière »

On me reproche d’avoir vu le jour dans un pays où la majorité des gens sont pauvres et n’ont rien. Je n’ai pas de patrimoine, on ne m’en a pas légué et je n’ai pas encore un emploi qui me procure des revenus, je sors à peine de l’université dans un pays où vivre tiens du miracle. Un individu comme moi représente un réel danger pour le Canada. Que me reproche-t-on ? D’être né dans un PEM (Pays Exportateur de Misère), selon le mot d’un auteur togolais, en oubliant que nul n’a choisi la terre qui l’a vu naître. On me reproche d’être jeune et de n’avoir pas amassé des richesses.

Oui, je suis pauvre mais fier et je ne comptais pas rentrer dans la clandestinité une fois au Canada. Je pousse un cri de désespoir à l’endroit du monde. Des gens comme moi, sont condamnés à l’enfermement. Le monde se déshumanise, je m’en rends compte, je l’ai vu et vécu. Mais la bêtise ne viendra jamais à bout de notre profonde foi envers le dialogue entre les peuples.

Amitiés
Kokouvi Galley


Lundi 5 mai
De: Kokouvi Galley @ Philippe
Objet : Et puis…

KOKOUVI : Salut Yovo…

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