11/06/2008

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Les clous dans la poupée voodoo
6e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

Le rituel
    Souvenir des larmes

Aux joues des femmes, des hommes, deux traces. Scarifiés. Plus, 4 cicatrices. 7 cicatrices. Sous les yeux engloutis du pétrole noir du désespoir ou sous les yeux rieurs aux milles couleurs, les fossiles de la lame qui entre, qui tranche la chaire encore jeune, qui lacère l’enfance vers l’adulte. Des rêves creusés sous les yeux, souvenirs au delà des générations du manque d’espoir le plus complet et de la traite des humains. Des cicatrices sous les yeux. Une de chaque côté. Sur les temps aussi, sur le front. cicatrice profonde, rituel d’hier encore profond aujourd’hui. Des plaies jamais tout à fait refermées. Deux larmes de chair, sillon par où coule l’amertume et la place vide à la table pleine du rêve et de la chance. Deux larmes figées sur le visage à jamais, aussi solides, aussi cristallisées que les lagunes noires qui hantent l’arrière boutique des pupilles.

La scarification des larmes du souvenir qui recouvre encore l’Afrique de l’Ouest. Le souvenir des négriers, des larmes des mères, des villages entiers morts au fond des calles, enchaînés, cadavre contre cadavre.

« Pour ne pas partir, je t’ouvre le visage, mon fils, ma fille. Pour ne pas que tu me sois arraché. Que tu n’aie pas à oublier la langue de tes ancêtres. Pour ne pas que tu apprenne à être rien. moins qu’un chien. Pour pas que tu mange ta peur. Que tu revives ta mort trois fois sans rien dire, ma fille, mon fils, je te lacère les joues. Le front. les tempes. Tes larmes sauront emprunter ce sillon ensuite et se souvenir des tiens qui ont été mangé cru. Moins que des chiens. »

Le rituel s’installe. L’initiation. Les tributs au complet passé au couteau. D’autres se brisent les dents. Ils regardaient les dents paraît-il… Alors brisons-nous les dents. Le rituel continue toujours. Le souvenir ne s’efface pas.

Et partout, en coulisse, aux yeux du monde qui ne veut pas voir, qui regarde ailleurs, les nouveaux esclaves enchaînés aux machines d’aujourd’hui ont peur.

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