16/07/2008

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Film film

 

 

Les clous dans la poupée voodoo
9e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

La sexualité des métropoles
    Lomé loves Cotonou.

Lomé, ville fantôme, où la musique résonne dans le vide, où elle fait vibrer les fondations de sable, la vitre du cadre du dictateur. Gnassingbé Eyadéma. Ville damnée, noyé dans la lagune, échoppe du pêché, où Dieu est coiffeur et où personne ne marche sur l’eau à part le président et son fils. Où la garde personnelle du président répand la bonne nouvelle au bout de son semi-automatique. Où le corps du christ flotte encore, gonflé d’eau et du soutien de l’occident.

Cotonou, entre la mer et le chemin de fer, entre l’eau et le métal, tiraillé dans les entrailles de Don et de Legba, entre la plage et la modernité. Là où il peut faire bon vivre. Où les arbres se déhanchent et les femmes sont pulpeuses comme la vie. Où le sourire peut servir de toit, où les hanches des femmes sont un paradis à peine défendu. Où le bonheur a une place entre les draps.

Lomé. Sa plage. Ses bandits. Les attaques, la nuit, les machettes, les marteaux, les crânes écrasés, les cadavres échoués sur le sable le matin. Ses bandits des rues, ses bandits en uniforme, la lagune qui déborde, les révoltes de 2005, les voisins qui défoncent les voisins, la ville en feu, les routes gorgées de cris, le quotidien de l’horreur, de la répression.

Cotonou, sa jumelle, belle, là où le christ est noir, où le voodoo est libre de faire sonner ses cloches, où la queue sacrée de la vache du fétiche, chasse encore les mauvais esprits. Là où le ministère de la culture existe, où il donne même des sous au théâtre… Faut le faire… Des sous pour la culture…

Lomé, son marché au fétiche, ses crânes de chevaux séchés, la momie du léopard, les boîtes de caméléons… Et la jeunesse qui ne sait plus son nom, qui craint de parler, encore, qui cherche, qui espère… Et l’amour qui essaie de fleurir. Il est facile à l’arbre de pousser quand la terre est humide des sueurs des jeux de la nuit. Il est miraculeux de s’aimer sous la tyrannie. Il est révolutionnaire quand on est pauvre, de faire des enfants, de remercier Dieu, de sourire malgré la poussière. Le miracle est quotidien. Les salons de coiffures portent les noms des anges de la vie de tous les jours. Partout dans Lomé, l’espoir fait Dieu coupe les cheveux pour quelques francs CFA.

L’Afrique, continent de petits dieux quotidiens, noirs comme la nuit des temps, de l’autre côté de la raison, des frontières, des blancs. Ici, la religion est un salon de coiffure, on y tresse l’espoir, on y échange les recettes des miracles et du fufu, on nourrit les jours à la petite cuillère, on embellit la vie. Les pauvres, on en fait des anges. Ici, la main de Dieu manucure, ici, on est de l’autre côté de la rue, de l’autre côté du prix de l’essence et de la valeur du dollar. On est du côté qui a été marchandé, celui des bombes dans les pouponnières, des épidémies et des migrations. Des frontières tracées à la règle sur les cartes. Ici, on appartient au rêve. Le sable est magique, les arbres se déplacent la nuit, les animaux règnent dans nos rêves, les hommes savent le langage des étoiles, le chant de la foudre, ils peuvent faire marcher les morts, installer des écailles dans vos lits et pourrir la pensé de poisons. Ici, le temps regarde ailleurs. Coupable, il sait l’oubli. Il sait le sacrifice. Les promesses non tenues. Il sait les cauchemars qu’ont laissés les siècles industrieux. Il apprend encore et toujours à ignorer, à oublier, à baisser les yeux, à regarder ailleurs, à penser à autre chose quand on parle de l’Afrique, quand on parle de la poubelle mondiale, du dispensaire international, du laboratoire à ciel ouvert, aux égouts éventrés. Il apprend comment baisser les bras, impuissant, indifférent.

L’Afrique est le lit souillé des viols des autres, et entre les cris, entre la douleur et le sang, au sein même de la fange que laisse la violence, l’obscénité et l’inceste des pays industrieux, Lomé quitte la nuit la chambre de torture de sa dictature pour embrasser Cotonou, la libre, la sensuelle. Et elles font l’amour dans le lit du viol.

LOVE-ME
i have been forgotten

 


motelmurders

 


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