30/07/2008

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Les clous dans la poupée voodoo
11e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

Akodessewa
    Marché au fétiche.

Chevaux momifiés, pieds d’éléphants, os de chauve-souris, crânes d’hippopotames, de buffles, d’hyènes, de singes, de chiens, oiseaux séchés, paniers de serpents, petits et grands, caméléons en vrac, séchés, poudres de lézards, peaux de reptiles, serpents entiers, en parties, séchés, têtes de couguars, crânes de tortues, pattes de tortues, carapaces de tortues, petites tortues, tortues de mer, millénaires, peaux de chiens, de singes, même un coquillage où se terre l’océan. Du soleil. De la poussière. Et les âmes du passé, les fossiles de ce qu’on ne comprend pas, les sables mouvants de l’irrationnel, les racines de l’humanité, les berceaux des Dieux nus, couverts de peintures, des hommes nus, couvert de cendre… La magie. Akodessewa, le marché aux fétiches. Lomé. Un peu d’ombre, de la poussière, des étales et une odeur de putréfaction.

Le guide à 2000 franc CFA. C’est beaucoup. Un noir à la peau blanchâtre, sèche, c’est à se demander si les médicaments fonctionnent. Un puit, et un immense fétiche « Gou », fétiche de métal, gris, de la ferraille et des crânes au soleil, des offrandes de fer, toutes sortes d’offrandes, grises, noires, recouvertes de gaz, d’huile, squelette du monde moderne entremêlé de crânes des animaux anciens, mystiques empaillés, mythologie fossilisée. Du sang d’oiseaux. Un singe attaché, se tortillant à un arbre, attaché par le ventre à l’arbre, le seul arbre, le seul animal vivant, le singe du marché. Sacré. Qui se balance suspendu, entre le métal et les os, entre le soleil et la poussière, entre la magie noire et le capitalisme industriel. Entre le présent et le passé, entre l’homme cravaté, l’homme cravaché et l’homme nu. Un singe sacré qui veut faire les poches du guide. Un guide à la peau sèche, noire poudrée, qui veut faire les poches des touristes. Et nous. Qui veulent faire les poches de l’Afrique.

Des chauves-souris pour l’asthme.
Du cuir de crocodile pour les problèmes de peau.
Des crânes de chiens et de singes contre la folie.
Le couguar, son crâne, sa peau, contre le tremblement.
La pierre-tonnerre contre la foudre.
Parce que la foudre frappe. Beaucoup. Tout le temps.
Un petit bout de bois pour la virilité.
Corbeaux, corneilles et chouettes contre le mauvais sort.
Les rats contre les voleurs.
Caméléons pour la chance.
L’éléphant, naturellement, contre l’éléphantiasis.
Et l’Africain pour tester les médicaments, l’Africain enchaîné pour démarrer une économie, pour construire un continent, pour installer une suprématie.

Et finalement un peu d’Afrique broyé pour une économie florissante. Un peu d’Afrique où déverser ses déchets, où tester ses armes et ses pilules, un peu du sang de l’Afrique pour s’immuniser contre l’humaniste et bien goûter à l’humanité.

 


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