03/09/2008

art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

Les clous dans la poupée voodoo
13e clou

Le premier volet d'un carnet écrit
entre l'Afrique de l'ouest et l'Éthiopie
à l'hiver 2008.

Les samedis et les dimanches
    Je me fous du monde entier quand l’Afrique me rappelle les souvenirs de mes 20 ans…

La mer avale les hommes et recrache les cadavres. Les mouettes sont bouffées par les pauvres, on n’accepte pas de concurrence au dépotoir. Les mouettes sont tendres sur le charbon, leurs plumes agrémentent les fétiches et les sacrifices à la gueule de Gou, Dieu de métal; et de pierre. On crève de faim, ici, les samedis et les dimanches aussi.

On crève ici, et pas juste de faim. Le pétrole rend le monde junkie et les junkies sont violents. Avides. Les guerres continuent les samedis et les dimanches aussi. Les diamants sont rouges, les mains s’y coupent. Manches courtes, manches longues, et la machette tombe, la main tombe, manche longue et le bras tombe, manche courte. Les enfants soldats jouent à la mitraille les samedis et les dimanches aussi. Après tout, ils n’ont jamais connu les jeux vidéos, ce sont des enfants, même les samedis, ils ont droit eux aussi de jouer…

On crève de tout ici. La mer avale les hommes, l’enfance, l’espoir et même les illusions. Et au loin, flottent les pétroliers, et au loin partent les pirogues des clandestins, et coulent les corps des opposants politiques. Le courant est fort. Il avale l’espoir. Parce que tout le monde s’en fout. On se fout des ventres gonflés, des mouches qui bouffent les yeux des bébés, on se fout des enfants soldats, de leurs sandales défoncées et des diamants collants, rouges qu’ils ont au coin des yeux, la première fois qu’ils sentent les mouches s’agglutiner autour des trous qu’ils ont faits dans l’ennemi pas plus grand qu’eux. On se fout des lagunes et des ressacs, des marées de corps morts, des dépotoirs jaloux, des villes qui s’y installent, des mouettes qu’on mange et des pauvres qui s’y digèrent. On se fout de la photo du président à vie. Pire, on l’invite à notre table. Après tout, c’est nous qui lui avons remis les clés et les fusils… On se fout des zones franches et de l’espérance de vie, de la malaria, du choléra et des autres maladies de pauvres. On se fout de tout.

On est tellement loin. L’Afrique, c’est tellement loin, c’est tellement peuplé, et les guerres, il y en a toujours eu, là-bas, ils étaient mieux sous la colonisation, regarde leurs dirigeants maintenant, ils n’étaient pas mieux avant ? Et je suis tellement impuissant… C’est tellement compliqué… Des pauvres, il y en a ici, regarde dans ton quartier ! Et maintenant, ils débarquent par bateaux dans nos supermarchés, ils portent le voile, ils apportent leurs guerres jusqu’ici, jusque chez nous, nous qui les accueillons… Faudrait pas exagérer.

Et c’est samedi, aujourd’hui… Et on n’a plus 20 ans…

 


motelmurders

 


<--
Debut du carnet
de voyage
Les clous dans la poupée voodoo
<--

-->
Texte suivant
-->

<--
Debut du carnet
de voyage
Les clous dans la poupée voodoo
<--