08/10/2008

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Eden Motel
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Film film

 

 

Les clous dans la poupée voodoo
18e clou

Le deuxième volet d'un carnet écrit
en Afrique à l'hiver 2008 : l'Éthiopie.

Les chiens
    La voix halogène de la peur

Le bruit des chiens se rapproche…
Les jappements…
Au loin…
Les chiens…
Qui se rapprochent…
Qui entourent, qui mordent le silence, qui laisse si peu de place aux hommes, la nuit, au creux du désert, au milieu de la poussière…
Aux hommes barbelés, aux porteurs d’armes et de treillis, aux crans de sécurité et aux chiens des fusils, ceux qui approchent, ceux qui se battent, qui lacèrent, qui lancent les grenades sur les cènes publiques, qui explosent les cafés, les mêmes qui courent avec les chiens, avec les ombres et le souffle sec de la poussière dans la lueur lunaire, ceux qui forcent les détecteurs de métal, les miroirs sous les autos, les sacs fouillés, les corps, les mots de trop qui obligent le métal des pensées, les autos piégés comme els communautés, la poussière qui s’infiltre, qui dévore tout.

Les jappements au loin.
Des bêtes qui appellent les bêtes. Les hyènes de Harar, les mouches des reportages, les chiens loups, les hyènes qui rôdent, qui attendent, qui raclent les fosses publiques, qui hantent les rues, les enfances et les cœurs fragiles.
Les chiens s’en viennent, ils viennent toujours plus près. Le ricanement des hyènes. Mi-chiens, mi-charognes. Le rire de la futilité, de la mort toujours présente entre les os, les jours, et les gens.
Les chiens se rapprochent.
Les hyènes se rapprochent.
Ils nous encerclent. Jusqu’à affrontement. Peu importe de quel côté de la frontière ou de la poussière, les chiens ont mal aux dents, les halogènes sont blafards, la lune, faible, les yeux des hyènes brillent.
Ils détectent le métal à l’entré des cafés, des restaurants, l’œil de la bête brille devant le flash de la bombe ou de la caméra.
Les hyènes rôdent la nuit. Nettoient les carcasses, le sang des abattoirs, les restes des attentats. Les chiens jappent. Ils donnent une voix à la tension, à la peur et aux mouches. Celles qui mangent le sang des carcasses et les yeux des enfants mal nourris. Le hurlement qui donne son à l’odeur. À la peur.
La voix de ceux qui ont vu les hommes devenir l’horreur.
Les chiens.

 


motelmurders

 


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