15/10/2008

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Les clous dans la poupée voodoo
19e clou

Le deuxième volet d'un carnet écrit
en Afrique à l'hiver 2008 : l'Éthiopie.

Harar
    Le bout du voyage et la fin de la course

Je est définitivement un autre. « Je suis l’autre hiver » comme disait l’ami Rimbaud.
Des fois, quand je suis loin comme maintenant, depuis longtemps, le grand bleu m’appelle et je ne sais plus comment revenir. Je sais que je vais devoir redevenir cet hiver que je connais bien, cet autre moi, le sédentaire, l’efficace. Mais je suis ici. Les mangeurs mangent le tchat et font de l’ombre, un toit. Les hyènes circulent la nuit, à moitié apprivoisées, le temps coule épais, pétrochimique, gluant, hurlant… Et je marche dans les médinas le cœur sanglant sur le front, dans la bouche même, j’offre mon sourire et je me débarrasse de la hyène en moi.

Je vends des armes, moi aussi, des crimes de guerre non consommés, j’enrichis les sultans, je baise la main des assassins, je suis un homme quotidien, avec mes trahisons et le meurtre répété de mon enfance, le génocide du rêve et le pacte avec le compromis.

Un jour, je ne reviendrai pas.

L’océan en moi monte, les souvenirs muets, ceux qu’on ne peut pas partager, la vie explosée, les milles et unes personnalités laissées sur les frontières, dans les ports, dans les chambres anonymes, là où le savon a la même odeur peu importe ou, peu importe avec qui, peu importe la solitude, là ou le miroir reflète une image différente peu importe ou, avec qui, seul...

Il est bon d’être un autre. Elle est peut-être là, la liberté. Il est bon d’être tout ça en moi, d’être un monde submergé. La noyade hante au fond, mais la vue est si belle... La noyade hante au fond.

Le muezzin appelle la 4e prière.

Une photo de Rimbaud aujourd'hui… À Harar, dans sa maison, sa fausse maison, c’est sûr, mais peu importe, sa seule vraie maison serait en lui, dans son propre océan, en ses propres villes submergées, en sa propre noyade, sa propre amputation. Rimbaud, dans ces rues, son fantôme, sa quête, sa trahison, son rêve éphémère, et la main sanglante qui étrangle quand on ne sait vivre nulle part.

Je reviendrai cette fois-ci, je ne m’évaderai pas dans les dédales des ruelles et dans le rire des hyènes.
Je reviendrai.
Je serai un autre.
Une fois de plus.

Arthur Rimbaud 1854 -1891.
Parle-moi la nuit.
Conte-moi comment tu t’y es pris.
Comment on survit.

 


motelmurders

 


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