18/02/2009

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Film film

 

 

Les clous dans la poupée voodoo
29e clou

Le deuxième volet d'un carnet écrit
en Afrique à l'hiver 2008 : l'Éthiopie.

Monique
    Antigel et rubbing alcohol

Je les haïs, ces retours. J’arrive chez nous, dans le vide, les rues silencieuse et l’anonymat, toujours un peu plus chaviré. Ce n’est qu’ici que je prend réellement conscience de ce qui m’est arrivé, de ce que je suis devenu. J’arrive ici ouvert comme un moulin géant, une illusion, le cœur près à recevoir le monde et il n’y a que ma ville, ma maison, mon lit et le vide autour.

Mais je connais la chanson.

Et heureusement, ce cœur ouvert vient du plein que j’ai fais, et de l’immense que je porte, de la foule que j’ai pour remplir ce vide, ces silences et cet ordre. J’en arrive même à déjà être dégoûté de la salade ! Et surtout, heureusement, je n’ai aucune jambe en risque d’amputation, ni de cœur en même position, je n’ai personne à laisser ou à confronter de mes souvenirs et de cette lagune en moi qui déborde d’odeurs, de saveurs et même des cadavres derrière les décors, ces cadavres que je vois maintenant trop bien dans les rouages du quotidien des dictatures.

Revenir, c’est voir derrière les rouages, les journaux, et le confort, c’est voir les terres humides de sang qui sont le ciment de mon décor. Je les haïs, ces retours. Même si c’est là, à ce moment-là que la vérité est la plus forte. Qu’elle est la plus difficile aussi.

C’est fou comme on peu faire semblant dans les vies que nous vivons. Faire semblant d’être occidental, d’être normal, d’être là depuis toujours, de n’avoir rien vécu, de ne pas comprendre l’importance du foufou et de la communauté. De faire semblant que la solitude, c’est OK. On a l’habitude, et c’est vrai, mais les retours sont difficiles, et souvent, je me demande pourquoi revenir, pourquoi ne pas rester là-bas. Un jour, si ça continue comme ça, je vais rester. Et je le sens qui approche, ce jour, c’est peut-être pour ça que je veux moins voyager. Pour ça et aussi, pour ne pas vivre le tsunami du retour et l’amnésie de survie.

Tout ça, parce que je suis plein, peut-être ai-je vraiment rajeunis comme tu le prétends ? Je suis ouverts comme un bordel joyeux, plein, et heureux, vulnérable et sans défense comme un bienheureux, un nouveau né, même. Dire qu’on n’a qu’une vie…

Et je crois à la parole prise dans ce projet et le reste, je m’en fou. Du vent qui entre dans les portes ouverte de mon bordel intérieur pour ressortir immédiatement.

Bon. je délire bien fort avec mes bordels. Mais c’est agréable. Sony finissait ces lettres sur les chats de son interlocuteur, moi, sur quoi finir ? Peut-être que je finirai sur ma fin à moi qui est d’avoir constamment à te remercier. Merci de m’avoir offert cet univers, ce quartier de la planète terre, juste pour moi à découvrir. J’en reviens mirobolé, halluciné. Un peu triste, c’est vrai, très déboussolé, c’est vrai, mais plein. Merci de croire en nous, de croire en l’art, de croire aux rencontres. Merci de croire, de continuer à croire.

Demain, je reprends le flambeau. J’écrirai des mails plus efficaces, plus clairs, plus canalisés.

D’ici là, à bientôt, matriarche du troupeau.

Philippe.

 


motelmurders

 

 


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