26/02/2009

art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

Fat man et Little boy
1er texte

Le langage des pierres et le silence des méduses.

LA CHUTE
    Le saut de l’ange

Un homme asiatique avance tranquillement tenant une cloche bouddhiste dans ses mains. À chaque pas, il sonne de sa cloche avant de déposer le pied pour prévenir toutes créatures vivantes de sa venue et ainsi ne tuer rien ni personne. L’homme porte un habit à queue.

Hiro-Hito : Chaque tintement de ma cloche est une seconde, un instant. Le vent s’est arrêté. Je peux grimper sur ses branches. Mais je ne grimpe pas, je tombe. Je tombe depuis si longtemps déjà…

Je sens l’accélération sur ma peau, dans mes yeux, l’air qui ne trouve plus son chemin vers mes poumons, et ça dure et dure… Une vie se déroule dans ma chute. Chaque seconde est une année. Chaque molécule brisée un destin de trompé. L’univers est en suspension, il me regarde percer l’air, vivre une vie entre le saut et la mort. Entre le pont et la mer. Il y a des gestes qu’on ne devrait pas commettre, des génocides personnels. Des gestes d’une violence toute tranquille qui font que même le temps meurt. Le temps s’est arrêté ce matin-là, il y a quelques mois…

Je me vois planer… Je vois ma tête exploser du trop plein, trop plein de vent, de peur, de souvenirs… La pression du vent, l’air qui engouffre mes poumons, la peur… J’ai tué une deuxième fois. Mao… Pardonne-moi. Moi, je n’ai pas la force, toi, pardonne-moi.

L’impact de l’eau qui approche, le pont d’où je me suis lancé qui apparaît comme mon corps pivote dans sa chute, comme il danse avec la distance, comme il rebondit sur les branches du vent arrêté, sur le vide et je continue d’aimer. Le silence coule entre mes veines et m’envahit. J’entends les électrons s’entrechoquer entre eux, j’entends les mots non-dit qui se répandent entre les gens qui m’habitent. J’entends le vent entrer, solide, dans ma bouche, dans mes pores de peau, dans mes rêves…

L’eau approche. Je vais à sa rencontre comme on découvre une planète, comme on touche un nouveau monde. J’oublie qui je suis, le crime qui me définit. Les vagues immobiles, suspendues, l’odeur… Le reflet du soleil… Quelle belle journée pour mourir… Tomber dans le reflet du coucher du soleil, dans le miroir rose des nuages, percer la beauté, l’ultime œuvre de Dieu, la rencontre du soleil et de l’eau, du jour et de la nuit, de la mort et de la vie… Je tombe.

Je tombe dans le plus grand silence.

Chut…

 


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