11/03/2009

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Eden Motel
xia
Film film

 

 

Fat man et Little boy
3e texte

Le langage des pierres et le silence des méduses.

2e RENCONTRE
    Small kamikaze in red bath tub

Le même local d’hôpital. Nagasaki est assise à terre avec Mao. Madeleine, en retrait sur une chaise, regarde par la fenêtre. Mao joue distraitement avec les jouets. On sent que ses yeux sont vides, mais qu’il regarde par les oreilles. Il suit imperceptiblement chacun des mouvements de la pièce. Il ne joue pas.

Nagasaki : Oui. Tu peux jouer avec tout ce que tu vois. Ici, tu peux faire ce que tu veux. Pendant une heure, tu fais ce qui te plaît. Et si tu veux parler, alors tu le fais. Moi, j’ai envie de parler, alors, je le fais. Ça te va ?

Aucune réponse.

Nagasaki : Ici, il y a des soldats de plombs. Ici, des avions. Là, c’est un carré de sable. Tu as vu ? Le sable est blanc, parce qu’il vient de nos plages. Chez-nous, le sable est blanc. Sais-tu pourquoi le sable est blanc ?

Mao joue à faire couler le sable entre ses doigts.

Nagasaki : C’est le sable de nos mers. De l’archipel. Tu aimes la mer ? Le lavabo t’intéresse ? Vas-y. Tu veux remplir un sceau ? C’est beau. Vas-y. Tu veux que je le fasse ? Tu es capable.

Madeleine : Mao !

Nagasaki : Si tu veux, je le remplis. Je le remplis pour toi.

Madeleine : Vous êtes déjà allée en Amérique ? Comme vous avez remarqué, je suis née ici, mais je ne suis pas d’ici. Jamais je ne serai d’ici. Je suis fille de la victoire. Attention Mao, ne mets pas les avions dans l’eau, un avion, ça vole, ça ne va pas sous l’eau…

Nagasaki : Ne t’inquiète pas. Continue, mon petit.

Mao fait voler les avions, mais invariablement, elles plongent du nez dans l’eau de la bassine.

Madeleine : Quand les soldats ont quitté l’île, l’Amérique contrôlait tout. Aucune armée possible… Aucune importation de pétrole possible… Le sort des vaincus. Mon père est resté. Pour s’occuper du pétrole. Quand on contrôle le mazout, aujourd’hui, on contrôle tout. Mon père était un commerçant, mais, c’était lui, le vrai chef de ce pays…

Mao plonge un autre avion dans l’eau.

Madeleine : Quand j’étais jeune, la nourrice me disait d’écouter les nénuphars. De les laisser pousser en moi, et qu’ainsi, je comprendrais ce foutu pays, sa sévérité, sa rigueur. Mon mari pouvait passer des semaines entières sans me parler. Sans me dire un seul mot. Il n’était jamais violent. Il ne faisait que m’abandonner au silence. Et je coulais…

Mao crie en faisant plonger le dernier avion dans l’eau de la bassine.

Mao : Ahhhh

Nagasaki : Voilà. Il n’y en a plus. Ils sont tous au fond de l’eau. Les avions sont au fond de l’eau. C’est ce que tu voulais ?

Mao ne réagit pas. Il ne bouge plus. Puis, il plonge la tête dans la bassine.

Madeleine : Mao ! MAO !

Madeleine vient pour saisir son fils, mais Nagasaki la retient.

Nagasaki : Ça va. Ça va. Laissez le… Calmez-vous. À sa manière, il s’exprime.

Madeleine : C’est mon fils. Il va se noyer lui aussi, il veut se noyer, laissez- moi…

Nagasaki : Faites-moi confiance, il ne faut pas le brusquer.

Madeleine : Laissez-moi je vous dis. Mao ! Mao sors la tête. Sors la tête, je te dis…

Elle le force hors de l’eau.

Nagasaki : Attendez…

Madeleine : Vous, restez où vous êtes. Ne vous approchez pas. Viens Mao, on s’en va. On s’en va.

Nagasaki : Si vous voulez l’aider, il doit revenir.

Madeleine : Je verrai.

Nagasaki : Il doit revenir.

Ils sortent.

Nagasaki : Il doit revenir seul.

 


motelmurders

 

 


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Debut de la série "Fat man et
Little boy"

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Little boy"

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