06/05/2009   

art mécanik
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Eden Motel
xia
Film film
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Fat man et Little boy
11e texte

Le langage des pierres et le silence des méduses.

2ème Souper
    Les boulons sous la table.

La table est mise. Personne autour. Hiro-Hito est debout. Il danse le butô. Mao est dans son bain. Il compte les bateaux. Madeleine est dans les vêtements de son mari. Elle explose. Elle implose. Un plat pré congelé tourne dans un micro-onde. Les secondes défilent.

Le plat tourne. Les bateaux flottent. Le butô crie. En silence. Les vêtements se décomposent. Innondés.

Mao : 1 bateau, 2 bateaux, 3 bateaux, 4 bateaux, 5 bateaux, 6 bateaux, 7 bateaux, 8 bateaux, 9 bateaux, 10 bateaux, 11 bateaux, 12 bateaux, 13 bateaux, 14 bateaux, 15 bateaux, 16 bateaux, 17 bateaux, 18 bateaux, 19 bateaux, 20 bateaux, 21 bateaux, 22 bateaux, 23 bateaux, 24 bateaux, 25 bateaux, 26 bateaux, 27 bateaux, 28 bateaux, 29 bateaux…

Madeleine : J’ai perdu mon soulier.

Je ferais n’importe quoi pour rencontrer celui qui me sortira de moi. Celui qui me fera devenir quelqu’un d’autre. Je veux bien dormir 100 ans, manger une pomme au cyanure, me piquer le doigt sur l’aiguille d’une manufacture de souliers où des enfants de l’âge de Mao travaillent à s’en crever les yeux… Je ne suis pas complète. Je ne suis qu’une Cendrillon de cendrier.

Mao ! Mao ! Sors du bain. C’est toi qui a pris mon talon haut ? J’espère qu’il ne l’a pas apporté dans le bain… Mao !

Mao : 42 bateaux, 43 bateaux, 44 bateaux, 45 bateaux, 46 bateaux, 47 bateaux, 48 bateaux, 49 bateaux…

Madeleine : Je suis en train de tomber moi aussi. Depuis que tu t’es lancé, c’est moi qui tombe, tu m’entends ? Je ne veux pas. Je ne veux pas faire de ma peau une frontière de plastique, un trou par où passe l’absence, la dépendance, par où passe le manque. Toi, tu as la mer comme corps maintenant, moi, je n’ai qu’un bocal vide à la place du cœur. Un bocal avec un poisson mort, odorant. Tu es partout en moi. Dans les rêves violents, dans les draps humides, trop de poissons morts dans mes draps humides, tu restes partout. Dans les mirages, dans les réfrigérateurs explosés.

Mao : 56 bateaux, 57 bateaux, 58 bateaux, 59 bateaux, 60 bateaux, 1 bateau, 2 bateaux, 3 bateaux, 4 bateaux, 5 bateaux, 6 bateaux, 7 bateaux, 8 bateaux, 9 bateaux, 10 bateaux, 11 bateaux, 12 bateaux…

Madeleine : Je me surprends encore à épier le silence. À t’attendre le soir, devant un repas congelé, un souper de micro-ondes. Je pourrais m’abaisser, me vendre sur le capot des autos, mais ton odeur reste encore dans le silence. Il n’y a que ça maintenant, le silence. Tu es partout.

Mao, sors du bain… Viens voir ta mère… Mao ! MAO ! Prends-moi dans tes bras, je t’en supplie…

Mao : Je tends la main. Je veux une once de bonheur. Vous n’auriez pas un papa à me donner ? Une chemise de plus ? Je porte ses chemises, et je me lave avec, comme ça je sens la bonne odeur. L’odeur de la musique. Et des poissons. Je prends mon bain, parce que sous le bouchon, il y a lui, il y a le monde qui n’a plus de raison. Pourquoi il faut une raison ? Moi, je n’ai pas de raison de me lever le matin.

C’est ça qu’on appelle perdre la raison ?

 


motelmurders

 

 


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Debut de la série "Fat man et
Little boy"

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Debut de la série "Fat man et
Little boy"

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