05/05/2010   

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L'AN ZÉRO
Premier grain de riz sous la langue

Cambodge, carnet de voyage, printemps 2010.

Les pas du bonze
    Bagage à acheminer d’urgence.

RUSH

Bangkok. La route encore.
La chambre d’hôtel, le ventilateur tourne… La chaleur. Le décalage, le sommeil confus, l’hypnose des heures à l’envers. Le bonze dort. Les lézards aussi.

La course, l’Amérique, les horaires, le grand marathon des vies gagnées, du premier arrivé, les ongles rongés… Laissé de l’autre côté de la planète. Les nerfs crient encore, les fossiles des angoisses, la plaie de l’aiguille au coude crie…

Nos bagages sont perdus. Qu’un sac, brosse à dents, caméras, carnets, et de l’amour en bandoulière. Le reste est autour du monde, égaré dans les couloirs aériens, en suspens. Lâcher prise. Le voyage commence. Lâcher prise, s’adapter, se camoufler, redevenir un autre, un errant sans terre, vivre d’instants, manger l’horizon, dormir dans la mémoire qui devient rêve. L’ailleurs. L’ailleurs intérieur. Se redéfinir, se rééduquer encore une fois, l’an zéro portable, personnalisé, le scalp de la personnalité. Et sa repousse. Se remodeler encore, policer notre caractère, travailler sur soi… Encore. Toujours. J’en ai marre. Je me fous de sa gueule, à la personnalité. La mienne s’éclate au passage des fuseaux horaires. Elle s’égrène aux douanes, se vend au marché noir à côté des dollars et des devises étrangères. Pourtant, je me laboure encore. L’insomnie, les cauchemars, le doute. Trouver le bonheur, le prospecter, le coter en bourse. Ne pas accepter.

Le bonze s’immole.

Les mines antipersonnelles détonnent. Ne pas le prendre personnel. Rien. Tout. S’endoctriner, se défricher, year zero. Recommencer encore. Rien. Le bonze mendie.

Les valises se gangrènent. Le passé stagne. Le ressac appelle encore. Face à face dans le miroir ébréché de la salle de bain commune, à se brosser les dents avec de l’eau en bouteille. Ne plus s’appartenir. Laisser le temps, la peur, nous traverser et continuer. La terre tourne toujours dans le même sens. La déjouer. Faire mentir le temps.

Je ne suis pas seul cette fois-ci. Elle est avec moi, jolie comme la vie. Cette fois-ci, elle m’a suivi. J’ai mangé ma destiné. J’ai brisé le fortune cookie.

Le bonze marche sous le soleil à l’ombre d’un parapluie.

 


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