2/06/2010   

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L'AN ZÉRO
Troisième grain de riz sous la langue

Cambodge, carnet de voyage, printemps 2010.

La tectonique des guerres
    Cambodge. 4 à 6 millions de mines pour 10 millions d'habitants.

Anraya Prathet. La frontière Thaï – Cambodge. Traversé à pied vers Poipet. Aucun autobus… On se débrouille une auto vers Battambang. Les rizières du Cambodge s’ouvrent devant nous.

Même la terre cache quelque chose… Même la mort y est enterrée. Vestige qui hante le sol du pays, de l’avenir, des champs et des récoltes. Et les enfants qui eux, n’auront jamais vécu Year Zero, la moitié du pays qui a moins de 16 ans, qui voudrait s’affranchir de la mémoire, des champs rouges et des charniers… Même les nouvelles générations se retrouvent victimes par procuration, intimidées par le passé dans son droit d’espérer. La puissance de la guerre perdure et empêche l’oubli. Les enfants apprennent à courir dans les champs avec la peur. Pire, ils n’y courent plus. Pire, ils explosent, une jambe sectionnée, l’os qui sort de la chair, les tendons pendent, les nerfs oscillent au vent, et la douleur qui se fait lente, plus lente que la vision de la perte, la mine, la douleur ensuite, l’inconscience, la fumée et les débris, le sang, la vision, la perte et le reste des jours à souffrir d’une jambe qu’on n’a même plus. Pire. Les enfants meurent aujourd’hui de ne pas avoir eu assez peur d’hier. Les mines. Vautours souterrains, agent de l’ombre et des catacombes, elles restent et perpétuent la guerre en temps de paix. La paix n’existera jamais. Les mutilés avancent à tâtons sur son chemin, toujours présent.

Sous les pieds du territoire, des os fantômes sans noms, les mines, les fosses communes. Derrière l’inconscient du peuple, enterrés sous le territoire, les génocidaires. Sous terre et dans l’inconscient. Les cadavres, fantômes des victimes, et les mines, fantômes des guerres qui hantent longtemps après. Dans l’arbre généalogique, cet arbre dont les racines poussent entre les bombes à fragmentations et sont agrippées aux charniers, pousse aussi le sang des génocidaire et des massacreurs de nations.

Et les fantômes des 2 millions de victimes affamées et torturées errent dans les rizières. La nuit, elles plongent dans le sol humide et se lovent contre le métal des explosifs patients. Elles appellent d’autres morts.

Ici, même les champs font peur. Et lors de la saison des pluies, sortent les goupilles érodées. Se sont les appels des morts sans sépultures.

AU CAMBODGE, LES MINES ONT DONNÉ LIEU À 35 000 AMPUTATIONS APRÈS LA FIN DES HOSTILITÉS. ELLES POSENT AUSSI UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE, LEUR DISSÉMINATION S'OPPOSANT À LA REPRISE DE L'AGRICULTURE UNE FOIS PASSÉE LA PÉRIODE DE CONFLIT. LA MOITIÉ DES VICTIMES DE MINES ANTIPERSONNEL SONT DES ENFANTS

La Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel signée le 3 décembre 1997 à Ottawa par 133 pays est entrée en vigueur le 1er mars 1999. En 2005, 152 pays ont signé cette convention et 144 pays l'ont ratifié.

Les trois dernières démocraties occidentales refusant de bannir les mines antipersonnel sont les États-Unis, la Finlande et Israël.

 


motelmurders

 


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Debut de la série "L'AN ZÉRO"
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