14/07/2010   

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L'AN ZÉRO
Sixième grain de riz sous la langue

Cambodge, carnet de voyage, printemps 2010.

Phnom Penh
    Vacancy.

Ville fantôme.
Évacuée de force.
Un million de citadins en marche forcée, les femmes meurent en couches sur la route, les hôpitaux vidées, les malades évacués sur des chars, les enfants comme bœufs, les malades meurent, les vieux meurent dans les bras des jeunes, les enfants devenu soldats, la famille bannie, on tue pour moins, pour une paire de lunette, une peau chinoise, un regard à la vietnamienne, et la ville est vide, la rouille, les arbres poussent dans les rues, dans les villas, les feux, les déchets, la mort, les cadavres gonflent au soleil, les rues vides, les rats, les chiens errants, une vache sur les boulevards, autos abandonnées, maisons pillées, vitres brisées, un diplomate décapité au coin d’une rue, la marre de sang, noire, coagulée, les mouches, l’ombre des morts, les mouches, les plantes grimpantes, le silence et le vent qui transporte les coups de feu. Le vent qui transporte les cris. Le vent qui transporte l’odeur.

Tout autour, les champs. Le riz y pousse. Et la mort. Entre les rizières.
Travaux forcés.

Phnom Penh. Ville fantôme. Empreinte digitale rouge sur le registre des prisons. Plus personne. Les chauves-souris boivent l’espoir des yeux des générations bannies. Les larves mangent les cadavres. Les chauves-souris aveugles propagent les idéologies. Tes mains rouges. Ton krama. Ton karma.

Aujourd’hui, entre les échoppes, les boucheries et les mémoriaux, le traumatisme reste. Enfoui sous terre avec les mines, le traumatisme d’un peuple rabaissé au rang du ver à viande. Aujourd’hui, tu es capitale du trafic d’enfants. Viols massifs à l’image d’une nation violée. Ville pestiférée. Les prostituées hantent les rues. Elles ont connu les perdiems des casques bleus. Elles ont connu les bordels des banlieues de l’acceptable. Quand elles se font ramonées, derrières leurs paupières closes, défilent le cortège de ton exode, Phnom Penh. De ton lycée Tuol Sleng devenu école du sadisme. Entre leurs jambes labourées, est enfouie la longue procession des fosses communes. L’horreur a eu une capitale abandonnée où établir sa dynastie. Les clients mordent leur trophée pour ne pas vomir le passé. Et c’est cette vomissure qui, toujours s’éjacule dans les vierges. La violence banalisée. Le territoire fait chair. La mémoire est meurtrie, les seins de la prostituée sont couverts de morsures. HIV. Viols de groupes. Gamines recousues, vendues 5 fois.

Le Mékong coule. Rouge, à jamais.

 


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Debut de la série "L'AN ZÉRO"
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