01/12/2010   

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L'AN ZÉRO
dixseptième grain de riz sous la langue

Cambodge, carnet de voyage, printemps 2010.

Piranhas
    www.somalimam.com.

1 sur 40, d’après certains. Vendues. Chair à canon sans condom vendu pas cher. Une fille sur 40 au Cambodge. Pour le trafic sexuel. Esclaves dans les caves, attachées, pénétrées, mordues, violées. En marge, dans le sous-sol des cités, dans l’inconscient de nos bonnes consciences. Les femmes sont vendues. Partout, à Phnom Penh, la prostitution fleurie. Dans ce bar-là… Et celui-ci… Derrière ce restaurant… Ce quartier… Dans ce village, ou dans l’autre, partout pareil. C’est à l’ensemble du pays que l’on vend les fillettes. Les garçons aussi, mais surtout les fillettes. Les oncles vendent les orphelines, les grand-mères rescapées des Khmers Rouges vendent leur petite-fille à charge, dettes de jeux, intérêts, on les loue, on viendra les chercher quand elles auront remboursé de leurs jambes… Derrière chaque cabane, la possible prison. Et autour des tables des débits de boissons, personnes ne s’en cache. Ce bar-là aussi. Et à l’arrière de ce salon de coiffure, c’est la même chose. Et quand elles se révoltent, on les dompte. La peur. Des serpents dans une chaudière, les coups, la cave noire, les asticots d’ordures dans la bouche, les viols répétitifs… En groupe… La mort. L’odeur. Les spermatozoïdes grugent, rongent, piranhas des entrailles. Vendues. Pour dettes. Pour que le frère puisse étudier. Pour passer le temps. Bordels sans barre à savon… Maisons closes où l’on enferme les monstres dans l’âme des femmes. Traumatisme de société. La ville continue de vivre, ses artères ne s’arrêtent pas, les motodops, les taxis, les vélos, les marchés. Le marché aux esclaves parfumées est ouvert à l’année.

De plus en plus jeune. La virginité défoncée guérit le sida. La virginité déchirée allonge la durée de vie. La virginité lacérée renforce la virilité. Alors les hommes consomment. Pendant que d’autres achètent du durian au marché. Et les fillettes sont recousues ensuite pour qu’on puisse les offrir à nouveau. On vend les gamines, les clients en abusent pendant une semaine, on la recoud. Retour au bordel. Sans savon. Dortoir d’horreur. Puis la petite disparaît. Qu’importe la vie d’une fillette, qu’importe la vie quand tout à un prix… En 2010. À en vomir. La technologie progresse, on marche sur la lune, on décortique le génome, on transplante des coeurs, mais les fillettes sont vendues, on les recoud et les bordels sont pleins. L’homme de Cro-magnon conduit une BMW et s’habille DKNY. C’est surtout des locaux, un vague cousin même, l’ami du père, un homme d’affaire, ou un fuyant de la misère dans les quartiers puants pour les fillettes vieillit prématurément. Tout le monde consomme. Tout le monde est consommé.

Après 4 ans d’auto-génocide, de famine orchestré où un grain de riz valait plus qu’une vie aux yeux du Parti, après avoir fait table rase pour construire l’homme nouveau, après avoir poussé les enfants à dénoncer leurs parents, à égorger leurs frères, à vendre leurs sœurs, après avoir réduit la vie à une commodité jetable, le prix de l’humanité devient dérisoire. Après le massacre du 5e de la population entre 1975 et 1979, la déshumanité a bouffé l’âme d’un coin de monde. 50 % de la population du Cambodge a en bas de 16 ans. Ils n’ont pas connu les Khmers Rouges. Mais le traumatisme reste. Dans les fibres de la société. Le choc résonne encore dans les sous-sols. La vie ne vaut plus grand chose quand ta mère à vendu son père lors des purges de l’Angkar.

Que personne ne dise que c’est dans leur culture. Aucune mère ne vend son enfant culturellement. L’esclavage économique pousse au cannibalisme. L’indifférence au génocide est vireuse. On apprend vite dans les camps de travail. L’épidémie de déshumanisation qui en suit est une faillite pour l’ensemble de l’humanité. Nous avons laissé les Khmers Rouges déchirer les fibres de la vie sans broncher. Nous les avons armés. Tout comme nous avons armé les Talibans, Al Qaïda, et Mobutu. Nous acceptons d’enfouir des milliards de dollars dans la guerre contre le terrorisme au lieu de faire la guerre au trafic sexuel. Après tout, c’est ça le néolibéralisme.

Il faut lire Somali Mam. Le haut-le-coeur est homéopathique. Une sur 40 d’après elle. Quand elle a été vendue, elle avait 12 ans. C’est jeune. Dans son centre d’accueil pour prostituées, maintenant, elle accueille des fillettes qui ont jusqu’à 5 ans… On les a vendues, enfermées, violés, recousues, torturées, brisées, contaminées du VIH, et du dégoût.

J’ai terminé le livre à Sen Monorom, la ville rouge de poussière, le soir, à la lumière du néon, dans notre lit, au côté de mon amoureuse. Elle lisait First they killed my father. Nous avions froids aux os. Elle m’a collée. M’a embrassé. M’a caressé. Bouleversé par mes lectures, je n’ai pas pu bander. Dois-je avoir honte ? Et de quoi avoir honte ? De ne pas bander ? D’être un homme ? De m’être pornographié ? D’aimer ? Nous avons éteint le néon. Je ne sais pas à quoi j’ai rêvé.


HAPPY BABY NAMING CEREMONY
Mr. Leng Sothea, Mrs. Sie Mab.
Invitation.
We extend our cordial invitation to you
To grace it buy your presence
At our Baby Naming Ceremony
Party for my Children
THEA KIM CHHENG Y.
On Sunday 14th March 2010
At 4:00 pm at the Our House
Chonh Kom Spean Village
Tun Lung Commune
Memot District,
Kampong cham Province.

Thanks!
Tel: 011-012 40 45 51 / 097 66 18 444

Vous aurez une vie longue et heureuse.

FUCK YOU
EXPLODE

 


motelmurders

 


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Debut de la série "L'AN ZÉRO"
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