22/01/2012   

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Chroniques

Pour ne pas confondre pays et PIB
    2010

La liberté. En notre bulle d’Occident, ce mot, liberté a perdu un peu de son sens et de sa saveur. On oublie trop souvent que la liberté, c’est la lutte des peuples colonisés, c’est le rayon de soleil des prisonniers politiques, c’est le droit de s’asseoir dans le même autobus, de pisser dans la même toilette que tout le monde, qu’ils aient la peau blanche ou noire, qu’ils soient voilés, circoncis ou baptisé. C’est le droit de dormir avec les siens, de circuler, de parler pour changer le monde. C’est le droit à la dignité. Que son adversaire soit armé de balles, de sondages ou de somnifères, le combat n’est pas terminé. Il ne faut pas confondre sécurité et liberté. Il ne faut pas confondre comme on le fait trop facilement de nos jours, pays et PIB. Cet été, à Toronto, lors du G-20, il y a eu la plus grande vague d’arrestation jamais vue au Canada. Plus de 1000 personnes se sont fait fouiller sans mandat, brutaliser, incarcérer. Mais l’été a suivi son court, tout comme des Kiwis et des hommes, les statuts de Facebook se sont érigées pour faire l’éloge du beau temps, l’indignation n’a duré qu’une pause publicitaire et nous sommes retournés à la piscine. Et la liberté en a pris un coup de soleil.

La pression de l’industrie culturelle est plus forte que jamais. Les dérives corporatistes s’infiltrent au cœur même de nos jours, de nos rêves, nos révoltes et nos idéaux. Le vœu de liberté, d’audace de recherche et de solidarité est d’autant plus important, nécessaire. En pleine Star académisation de la culture, en pleine prorogation de la démocratie, il faut être fou d’après certains pour croire encore à la recherche artistique. Pour que l’art ne soit pas qu’un cirque multinational qui crée dans les étoiles de son star-système. Pour revendiquer l’intégrité d’une démarche, pour ne pas se plier au diktat du box-office, pour que notre parole ne soit pas Juste pour Rire, et pour continuer à chercher sans célébrité. Il faut être fou, paraît-il, pour continuer à revendiquer l’art comme un acte libre, déchaîné qui n’as pas d’obligation, ni celle de changer le monde, ou de divertir, ni de remplir ses salles, ni de plaire au milieu, à la critique, ou aux abonnés à tout prix, mais bien que l’obligation de se respecter. Il faut être fou pour revendiquer le droit à l’erreur, pour travailler de nuit, répéter, jouer, douter, se remettre en question en sachant qu’on est toujours payé que 2 dollars l’heure et encore... il faut être fou, paraît-il pour aimer l’art, et la vie, l’humanité qu’il porte et qu’il ensemence, pour aimer vivre à ce point qu’on décide de consacrer notre vie même à cette recherche, à cette démarche. Il faut être fou pour en faire un mode de vie, malgré l’industrie et l’étroitesse du financement. Nous sommes ces fous. Ces amoureux de libertés. Bienvenue chez-nous. Et vous êtes là, parce qu’il y a une différence entre être fou et être insensé. Sans vous, plus rien n’a de sens. Vous êtes les grains de folies de nos aventures, la raison même de nos démesures… Bienvenue chez-vous.

 


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