15/02/2012   

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Chroniques

L’art de résister
    2011

Au cœur de l’été 2010, il y a eu le G-20, et la plus grande vague d’arrestation de l’histoire du Canada, 1000 arrestations sans mandats, souvent brutales, souvent gratuites.

Or… Depuis un an, les prorogations de notre démocratie se sont multipliées, le Canada a perdu son siège au conseil de sécurité de l’Onu, il y a eu l’outrage au Parlement… Et finalement la réélection de ce gouvernement, majoritaire cette fois-ci. Personnellement, je trouve ça paniquant. Et aujourd’hui, on nous parle encore d’une nouvelle crise financière, de nouvelles raisons pour éroder les rives de nos sociétés, pour la tourner sur elle-même, autiste en survie psychologique. Et encore une fois, il nous faudra regarder mondialement les programmes publics devenir anémique et la famine culturelle et sociale, s’approfondir. Mais qu’est-ce qu’on peut faire face à ça ? Est-ce que les enfants des rues tout autour de nous devront payer ces dérives économico mystiques, au frais de leur éducation, de leur santé mentale, de leur liberté et leur dignité ? Est-ce qu’on peut encore se tenir debout, seul face au tsunami? Que le raz-de-marée soit celui de la noyade de l’information, de la pensé, ou celui d’un capitalisme submergé de scandales, d’inégalités, que ce soit la vague de fond de la dépression, de l’individualisme, de la solitude… Est-ce qu’on peut quelque chose contre cette vague ?

Le monde est une arène. Qu’on en fasse une arène de cirque, une agora ou un combat de gladiateur, tôt ou tard, on se retrouve tous à goûter le sable de la piste. Mais l’ultime arène est en nous. Et c’est celle qui semble la plus difficile à occuper et à protéger.

Faire du théâtre en 2011, c’est en soi résister. C’est résister à la massue des médias de masse, c’est croire qu’on peut toucher le monde face à face, qu’on peut encore se regarder dans les yeux, s’émouvoir des imperfections inhérentes aux représentations en directes. Au rituel de la scène. Le salaire de crève faim, le doute, la passion et le vertige, l’épuisement au royaume des subventions, tout ça pour ne rencontrer que quelques centaines de gens, voir peut-être un millier, à une époque de Superbowl, de messes télédiffusées, et d’hippodrome culturel, de communication virale… C’est croire encore malgré le consumérisme des rapports humains, qu’une rencontre entre deux êtres de chairs est encore ce qu’il y aura de plus beau, de plus fort et de plus profond. De par cette rencontre, le théâtre, l’art de l’éphémère au royaume des produits dérivés, l’art de s’asseoir et de réfléchir ensemble au cœur des échanges à 140 caractères, l’art des humains en groupe, c’est de la résistance en soi, à la facilité, à l’individualisme et à l’apathie. C’est croire à l’équipe, à la cérémonie. À l’invisible.

Comme les conseils micmacs, ou atikamecks, au théâtre nous sommes réunis, tous au même niveau, artiste, spectateurs, travailleurs culturels, subventionneurs, journalistes, pour réfléchir au monde de demain, à notre territoire intérieur. Et de petits gestes grandioses, imaginer un monde autre, notre monde. Peut-être pas le changer autant que le créer, le rêver. Et croire qu’il faut plus que du pain et des jeux dans le Colisée de nos sphères publiques.

Voilà notre plan. Résister au nivellement de nos rêves, de nos rapports humains, de nos peurs, nos paniques et nos coups de foudres. Résister aux lois de l’offre et de la demande, aux règles de bonnes conduites, et aux recettes toutes faites, briser les maillons qui font de nos œuvres des restaurants en chaîne. Pour que nos mots, nos idées, nos passions ne soient pas édulcorées à l’aspartame et au Glutamate de sodium. Le combat est grand. L’arène est devant nous. Nous sommes tous ici présents chez-nous aux premières barricades contre l’individualisme. Bienvenue à vous artistes, spectateurs, amis, en cet espace de liberté qu’est la scène, bienvenu en cette agora du monde qu’est le théâtre, bienvenu à cette arène qu’est le rêve, notre arène, notre îlot de résistance dans le cirque Médiatique.

 


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