25/07/2006
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Interruption de la programmation,
crise au Moyen-Orient.


La vérité hors de la bouche des canons
   

La planification de la prochaine guerre mondiale.

Je veux joindre ma voix à des milliers de citoyens canadiens et à encore plus de gens de par le monde qui sont complètement outrés, scandalisés et indignés par les actions d’Israël au Liban et en Palestine ainsi que par le support odieux de nos dirigeants face à ces crimes.

Israël a le droit de se défendre, c’est vrai. Mais ce n’est pas de ça dont il est question. Lorsqu’on massacre un pays au complet, lorsqu’on détruit toutes ses infrastructures et qu’on poursuit sa population dans ses moindres recoins, on n’appelle plus ça de la défense, on est en train de souffler les trompettes du chaos et de la guerre. Un demi-million de réfugiés, c’est beaucoup pour appeler ça de la défense. Israël ne veut pas la paix. Israël ne veut pas « se défendre ». Qui peut croire que ce qu’ils font au Liban a pour but d’éradiquer le Hezbollah ? Que ce qu’ils font à Gaza et en Cisjordanie a pour but de retrouver un soldat et d’arrêter les lancements de missiles ? Qui peut croire que nos dirigeants ne savent pas l’ampleur de la catastrophe et la sournoiserie du vocabulaire utilisé en vue de la justifier ? Messieurs les dirigeants, vous savez qu’on est en train d’égorger des pays au complet, et vous acceptez. Honte à vous ! Le bilan au Liban au bout de 13 jours : près de 400 victimes - plus de 1000 blessés - plus de 500 000 déplacés. Comment y voir que de la défense ? Dans les 400 victimes déclarées, il n’y a que 11 membres du Hezbollah.

Le Hezbollah est criminel, c’est incontestable. Oui, il faut dénoncer ses tirs de missiles sur Haïfa et pleurer les victimes. Oui, ses actes de guerre impliquent un pays au complet au nom de ses idéaux propres, et c’est horrible. Mais le Hezbollah n’est-il pas une conséquence directe de l’occupation du Sud Liban par Israël en 1982 ? C’est un parti extrémiste fondé en 1982 pour répondre à cet envahissement. Il est né pour résister. Il a gagné ses galons en étant parmi ceux qui ont réussi à chasser l’envahisseur. Tous ceux qui s’opposent à Israël sont donc des terroristes ? Aujourd’hui, les représentants du Hezbollah sont au Parlement et au gouvernement, et ils sortiront plus grands de ces affrontements. Ils font des actes humanitaires, ce sont eux qui construisent les hôpitaux et les écoles au Sud. Et si les F-16 rasent le Liban au complet, le Hezbollah sera encore là. Ils ont des satellites ailleurs. Donc oui, désarmons le Hezbollah. Mais en massacrant le Liban au complet, en déstructurant le pays, on ouvre la porte à l’influence des groupuscules et des radicaux qui sauront canaliser la haine et l’humiliation.

Tout ça, vous le savez.

Israël a l’armée la plus sophistiquée de la région. S’ils voulaient chasser le radical islamique, pourquoi bombarder les quartiers chrétiens comme AchrafIeh ? On ne peut pas prétendre que ce sont des erreurs, ils ont des armes précises.

Israël dit vouloir se défendre en collectionnant des ennemis, en créant de nouvelles générations de haine, de cicatrisés, de grands brûlés, d’endeuillés, d’humiliés qui ne voudront dorénavant jamais reconnaître l’état Juif, qui le haïront malheureusement avec raison. Et ça aussi, vous le savez. La jeunesse bascule dans le camp de la haine, la paix sera-t-elle faite de terreur ? Peut-on la construire sur la douleur ? Cette nouvelle génération n’avait pas connu la guerre, ni l’invasion de 1982. C’est sur elle qu’on pouvait construire l’espoir et la paix. C’était elle la guérison, elle qui voulait se rapprocher d’Israël, oublier, comprendre, vivre… Vous en faites des combattants, des endurcis, des humiliés qui voudront rétablir l’histoire, l’écrire avec leurs propres canons.

Le Liban, la Palestine se font violer sur le bord de l’autoroute de l’information et nous regardons en poursuivant nos chemins. Vous savez que l’injustice est insupportable. Mais au nom d’intérêts, d’alliances, d’agendas, personne ne bouge. On parle un peu, on baisse les yeux pendant que le Yankee donne une semaine de plus à l’armée Israélienne pour éventrer le pays, pour détruire l’électricité, l’eau, le blé, les routes, les ponts…

L’électricité détruite est celle qui permet la modernisation des idées, des idéaux. Sans elle, le pays retourne aux chefs de guerre, au féodalisme. Les bombardements délimitent actuellement les différents bastions. Et déjà la tension augmente. Et ça aussi, vous le savez. Vous êtes en train de semer les graines de la prochaine guerre civile.

L’eau détruite est celle qui permet de laver les plaies et les morts afin de pardonner et d’oublier. Ça aussi, vous le savez. Pourquoi voulez-vous que le Moyen-Orient cultive la rancune et la violence ?

Le blé détruit est celui du pain de demain. Sans demain, rien à perdre. Lorsqu’on n’a rien à perdre, on n’a peur de rien. Lorsque toutes les raisons sont bonnes pour mourir et que la vie sur terre est un enfer, alors on revêt l’habit du martyr, la ceinture d’explosifs, on vit notre vie dans la mort et l’on exporte la peur. Cette peur vous est-elle si utile ?

Les routes mènent aux autres. Mais les F16 les ont détruites. Sans routes, les idées tournent en rond et la dynamo de la haine, le cercle de la violence, l’échelle de la peur se créent. Vous savez où elle mène.

Les ponts sont ceux qui auraient pu être établis entre une jeunesse prête à oublier la guerre et à venir tendre la main aux voisins. Une jeunesse prête à passer à autre chose, une jeunesse qui devra danser sur une autre musique dorénavant, qui tendra le bras comme le logo du Hezbollah, avec un kalachnikov à la main. Vous le savez. Ils sont pratiques, les radicaux, ils permettent votre propre radicalisme.

Ont aussi été bombardés
tous les ports et aéroports du pays,
toute l’infrastructure du pays,
toutes les routes menant vers la Syrie,
tous les radars,
une partie de la structure des télécommunications,
des dépôts de nourriture,
des usines de produits laitiers,
des fermes,
des églises,
des mosquées,
des écoles,
des orphelinats,
des quartiers résidentiels,
des autobus transportant des réfugiés,
des ambulances,
les réserves d’essence et d’eau,
des stations services,
des camions transportant des aides humanitaires.

Comment prétendre à la justesse de cette réponse ?

Pendant la deuxième guerre mondiale, dans la France occupée, ce que nous appelons maintenant la Résistance, les Nazis nommaient ça le terrorisme.

D’après certains témoignages, les Israéliens utiliseraient des bombes phosphoriques illégales d’après les conventions internationales, espérons que c’est faux… Mais qui croire ? Maintenant que les étrangers sont en train de partir, vont-ils se permettre d’amplifier les frappes et l’horreur ?

Tant que l’occupation de la Palestine ne sera pas révolue, Israël se sentira menacé. Il est là le cœur du problème. Tant que l’injustice que subit le peuple Palestinien par Israël et par le monde occidental qui accepte l’inacceptable, qui ne dénonce pas l’évidence et qui la camoufle dans une terminologie de racisme, de mépris et de désinformation, tant que le sacrifice palestinien durera, l’opinion internationale qui tolère ces crimes sera coupable et la violence éclatera. Dans leur lutte de libération, des militants ont affronté des soldats Israéliens et ont fait un prisonnier de guerre. Rien de terroriste là.

À Gaza, pour un soldat prisonnier de guerre, il y a eu enlèvement d’une soixantaine de membres du Parlement dont 8 ministres et 20 députés… Certains de ces députés travaillaient à la libération dudit soldat. Mais on n’en parle plus dans les journaux. On parle des missiles artisanaux du Hamas, on oublie de dire que de la fin février à la mi-avril, en six semaines, plus de 5 000 missiles Israéliens sont tombés sur Gaza. Ils ont fait sauter la centrale électrique, privant 75% des pompes d’eau de l’électricité nécessaire à leur fonctionnement. Ils ont bombardé l’université, le ministère de l’intérieur et encore une fois toute infrastructure qui aurait pu offrir un minimum d’autonomie au pays… Et ce, sans parler des autres impacts de l’occupation : les check points qui rendent tout voyage impossible, Gaza devenue une immense prison de 1 200 000 habitants, l’impossibilité de circuler, l’attente des permis… On doit se souvenir qu’il y a si peu de différence entre attente et attentat. Ils attendent leurs pays depuis 1948, quatre générations dans les camps, humiliées, spoliées, assassinats sélectifs constants, des centaines de maisons rasées par punitions collectives, chaque montagne occupée par une colonie, le Jourdain détourné avant d’entrer en Cisjordanie, le mur de 8 mètres de haut, de 640 kilomètres de long qui encercle complètement certaines villes comme Qalquiliya. Ça, plus personne n’en parle… On parle du supposé retrait Israélien que le Parti Kadima d’Olmert veut faire unilatéralement en plus de délimiter les frontières. On oublie de dire qu’il ne veut retirer que 70 000 colons sur les 250 00. On oublie de dire que les 8 000 colons de Gaza représentaient moins d’un pour cent de la population du territoire et qu’ils possédaient 20 % de la terre, là où il y a la plus haute densité de population au monde, 104 000 habitants sur 1,4 Km carrés au camp de Jabalya. On oublie de dire qu’il ne reste que 22% du territoire aux Palestiniens. Tout ça au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais la terreur, c’est d’entrer toutes les nuits dans les camps, de détruire leurs maisons, d’enligner les familles dans les rues minables, les femmes pleurent, les enfants pissent dans leurs pyjamas et ils les laissent des heures dans leur pisse. Ils crient, ils démolissent les parents devant leurs enfants, et ce, toutes les nuits… Elle est là la terreur. C’est ce qui mouille les jambes des gamines dans la rue. Ce sont les enfants des voisins qui mordent leurs draps et qui prient pour que les soldats entrent dans une autre maison, vident d’autres tiroirs, démolissent d’autres armoires, éventrent d’autres ours en peluche, enlèvent d’autres frères que les leurs…

On oublie de dire qu’Israël retient les droits de taxes et de douanes qui reviennent au Palestiniens depuis l’élection du Hamas. Cinquante à 60 millions de dollars par mois. On oublie que c’est précisément quand les Palestiniens allaient enfin s’entendre sur le plan dit des Prisonniers qui reconnaissait implicitement l’état Juif, qu’Israël est entré et a tout démoli. Israël veut-il réellement des interlocuteurs ? On oublie beaucoup de choses. Mais eux n’oublient pas. Ils se souviennent.

Quand les couvre-feux, les check points, le mur et les soldats empêchent toute circulation, quand les oliviers ont été décapités et que les enfants ne peuvent plus aller à l’école parce qu’elle a été fermée ou qu’elle est de l’autre côté du check point ou du mur, ou qu’elle a explosé, alors ils écoutent les barbus et ils apprennent la haine de la bouche des M-16.

Il est simpliste de ramener tout à l'Iran. Israël tire le maximum des gestes du Hezbollah. Face à sa population qui l'a choisi à défaut de Sharon, Olmert prouve qu'il est un homme fort. De son côté, le Hezbollah veut se refaire après le départ de la Syrie. Bush, lui, en profite pour faire encore plus de pression sur les Syriens et l'Iran. Et ce sont les gens normaux qui ne veulent qu’élever leur famille, manger, baiser et vivre, et qui mangent les obus qui explosent leur famille à l’heure du dîner.

Cassons ce silence de glace qui nous glace le dos. La mauvaise foi a ses limites. Chaque aspect du quotidien en Palestine est stigmatisé par l’occupation. Nos dirigeants savent tout ça. Nos dirigeants savent que c'est d'offensive dont il s'agit, d'agression, et pourtant, ils tiennent ce discours de légitime défense. En justice, on appelle ça coupable par complicité.

Jusqu’à quand les marchandises auront-elles plus de droits que les civils ?

La prochaine guerre mondiale est-elle commencée ? Êtes-vous en train de planifier l’enfer généralisé ? Sa contagion dans tout le Moyen-Orient est en train d’aspirer le monde dans un trou noir. Déjà, ils accusent la Syrie. Déjà, ils pointent l’Iran… Ils se préparent. L’Irak est un Ground Zero de l’ampleur d’un pays. Soyons tous prêts, demain est jour de guerre internationale. Et de nos jours, les guerres s’exportent par avion.

Philippe Ducros.

Philippe Ducros est artiste de théâtre, auteur metteur en scène et comédien. Au cours des deux dernières années, il a voyagé maintes fois en Israël, en Palestine, au Liban et en Syrie.

 


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Pour un aperçu du Liban et de la Syrie:
La rupture du jeûne, carnet de voyage

Pour un aperçu de la Palestine et d'Israël: L'esplanade des mosquées, carnet de voyage.

 

Pour un aperçu du Liban et de la Syrie:
La rupture du jeûne, carnet de voyage

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Pour un aperçu de la Palestine et d'Israël: L'esplanade des mosquées, carnet de voyage.